Qui était «  Louis Tayenne » ?

En février 1997 à Dampremy naissait le Cercle Louis Tayenne dans le but de restituer au peuple ce que l’on a pu sauver de sa mémoire par des exposés, des colloques, des publications , des expositions, … dans le cadre d’une activité d’éducation permanente prenant tout naturellement sa place dans l’association régionale «  Le Progrès ».

Pourquoi, ce nom de Louis Tayenne ?

Parce qu’il a une signification symbolique. Il s’agit d’un ouvrier de Marchienne-au-Pont qui a été tué par les forces de l’ordre lors de la grève de 1932. Ce nom rappelle les journées terribles de cette grève et évoque les durs affrontements des luttes ouvrières dans le pays de Charleroi. Au cours de l’été 1932, les travailleurs vont se mettre en grève refusant la misère noire avec la même détermination que ceux qui s’étaient soulevés à la fin du siècle précédent.

Citons ici Michel Hannotte (Mineurs en lutte, P. 91)

«  … Le Parti communiste sent bien le climat social  et est déterminé à appliquer une politique révolutionnaire face à la situation tout à fait exceptionnelle du moment.

Les événements vont confirmer la justesse de son appréciation sur la possibilité et l’opportunité de faire grève en période de crise.

Ils sont l’occasion et l’origine d’une croissance organisationnelle et d‘une implantation dans la classe ouvrière qui va se poursuivre durant une quinzaine d’années pour atteindre son maximum historique après la guerre et la participation prépondérante à la résistance, aux élections de 1946 … »

Et effectivement, la grève va avoir un impact important sur le développement du Parti communiste. Le nombre des membres passe de 111 à 481 à Charleroi. Les élections de 1929 sont un gros succès pour la Parti communiste. Il obtient par exemple 17 % des voix dans le canton de Jumet.

Henri Glineur qui était incarcéré depuis la grève est enfin libéré grâce à son élection comme député de Charleroi. Le Parti communiste sérieusement renforcé incorpore dans ses rangs des militants courageux et dynamiques que l’on va retrouver ultérieurement dans toutes les luttes ouvrières, la grève de 1936, l’aide à l’Espagne républicaine et la résistance aux nazis.

C’est au cours de violentes confrontations entre grévistes et forces de l’ordre que le jeune ouvrier Louis Tayenne perdit la vie le 10 juillet 1932.

Georges Glineur participait à cette manifestation. Il avait 22 ans à l’époque. Il a raconté les circonstances de la mort de Louis Tayenne dans l’émission, «  Inédits 80E700, André Huet, RTBF , 7 mars 1981) :

« Le 10 juillet 1932, des organisations spontanées dans le bassin de Charleroi, je dis spontanées, parce que les organisations syndicales n’avaient pas encore reconnu la grève et que les dirigeants de ces organisations syndicales étaient plutôt opposés à celle-ci.

Alors de ce fait s’organisaient des manifestations spontanées de grévistes pour aller arrêter les entreprises qui se trouvaient encore en activité .

A un certain moment, près de la Maison du Peuple de Roux, au carrefour de la Lorraine, il y eut un heurt plus dur et la gendarmerie tira. Les coups de feu éclatèrent et Tayenne tomba mortellement blessé. »

Avez-vous vu tomber Louis Tayenne ?

« Oui, je l’ai vu. Je suis passé devant son corps étendu  terre sur un tas de pavés près de la Maison du peuple. »

L’organe mensuel de la section belge du Secours Rouge International « Au Secours ! » consacre en juillet 32 un long article aux obsèques de Tayenne.

Rappelons en quelques extraits : « … les travailleurs s’apprêtaient à reconduire leur frère tombé « au champ d’honneur » lorsqu’ils apprirent avec indignation que la Centrale socialiste et les organisations P.O.B.istes du Pays Noir déconseillaient de suivre l’enterrement et que le Journal de Charleroi annonçait que l’enterrement public était interdit ». 

«  … A ces manœuvres, la population répondit. Plus de 6 000 travailleurs se pressaient près de la maison mortuaire ».

Robert Lejour

«  … Un seul discours fut prononcé par notre camarade Lejour au nom du Secours Rouge International. Rappelant les heures de lutte que la classe ouvrière traverse, montrant le rôle vaillant qu’avait joué dans cette lutte Louis Tayenne, le représentant du S.R .I. annonça que le Secours Rouge International soutiendrait de toutes ses forces toutes les victimes de la répression.
Il opposa la force imposante de cette journée où la classe ouvrière – maîtresse de la rue, non provoquée par la gendarmerie – avait voulu, malgré les autorités, rendre un suprême hommage au frère de lutte tombé, aux journées sanglantes de lutte et des barricades où la classe ouvrière avait été provoquée… »

Un an plus tard, le 9 juillet 1933, à l’initiative du secours rouge International, une manifestation est organisée à Marchienne-au -Pont pour commémore les événements de juillet 1932. Pour cette manifestation, le Parti communiste avait mobilisé ses troupes. Il y avait certainement plus de 10 000 personnes .

C’est encore l’avocat liégeois Robert Lejour qui rendit hommage à Tayenne au pied de la pierre tombale qui a été érigée par souscription.

C’est l’avocat Pierre Vermeylen, alors président belge du Secours Rouge International qui introduit le meeting au cours duquel prendront la parole Xavier Relecom, Alice Degeer et Julien Lahaut.

Julien Lahaut

Ce film « Manifestation pour Tayenne » est conservé à la cinémathèque de Belgique. Il constitue un document remarquable de la culture politique de cette époque et il est considéré comme un des plus anciens documentaires politiques belges.

Ces quelques notes auront sans doute rappelé des souvenirs aux plus anciens et donné envie aux plus jeunes de connaître davantage l’histoire ouvrière du Pays noir.

Elles justifient pleinement le choix de gérer l’éducation permanente en matière d’histoire ouvrière dans la régionale du Progrès dans le cadre « Cercle louis Tayenne ».

Souhaitons l’aide de tous pour enrichir notre centre d’archivage et plein succès pour les activités du Cercle Louis Tayenne. Toute aide bénévole pour le classement, le rangement de nos archives est la bienvenue.

Dr Jacques Lemaître

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