
Ce camp était souvent appelé le « camp des Baltes » car on y logea d’abord de Estoniens ou des Lithuaniens. Parmi eux, il y avait un ex-pilote de chasse soviétique . Il avait le visage marqué par une large cicatrice courant de l’œil au menton. Comme de plus, il était amnésique, d’autres Russes ont supposé qu’il fût Lithuanien d’après des inscriptions et insignes sur sa vareuse. Dans le camp, il y avait quelques Ukrainiens, débris de l’armée de Vlassov*. Les bataillons de cette armée avaient été levés par les Allemands dès 1941 et placés sous le commandement d’un général ukrainien, transfuge de l’Armée rouge. En 1942, ils furent envoyés en occupation dans d’autres pays européens conquis temporairement par l’Allemagne. Ils s’y firent souvent remarquer par leurs crimes. Cette « armée de libération russe » remplaçait ainsi des divisions allemandes qui pouvaient aller combattre sur le front de l’Est. En 1945, une de ces divisions fut engagée à Prague et une autre en Silésie. Vlassov fut fait prisonnier par les Américains et remis aux Soviétiques. Jugé comme criminel de guerre, il fut jugé et exécuté en 1946. La crainte d’un jugement similaire empêchera la majorité de ces soldats de rentrer chez eux. Privés de leur nationalité, ils se perdirent dans la masse anonyme des » D.P.s », les millions de personnes déplacées qui ont croupi dans des camps dans toute l’Europe occidentale jusqu’en 1950.
D’autres épaves de ces temps de guerre étaient les Polonais de l’Armée Anders. Echappés de Pologne après l’occupation de leur pays en 1939 par les Allemands et les Russes, ils s’étaient, pour la plupart, retrouvés en France. Beaucoup s’étaient engagés dans la Légion Etrangère mais en juin 1940, un général polonais réfugié en Angleterre, suivant l’exemple de De Gaulle lançait un appel aux hommes de nationalité polonaise en mesure de porter les armes pour renforcer une légion devant combattre aux côtés des Anglais. Leur participation se marqua dès la bataille d’Angleterre où des pilotes polonais se distinguèrent. La Légion Etrangère permit, à certains Polonais qui le voulaient de rejoindre cette armée en formation. Elle devait plus tard se distinguer par son ardeur au combat en Afrique du Nord, en Italie, en France et dans les combats de Hollande et lors du franchissement du Rhin. Ils assistèrent impuissants à l’écrasement des résistants du soulèvement de Varsovie. Alors que l’Armée Rouge campait sous les murs de la ville martyre, ils comprirent alors qu’eux non plus ne pourraient pas rentrer chez eux.
La général Anders qui avait constitué son armée avec l’accord des Russes ne pouvait se solidariser avec le nouveau gouvernement de démocratie populaire de Pologne et devint donc anti-communiste. En 1950, il vint tenir une conférence au passage de la Bourse pour fustiger le nouveau gouvernement, l’Union Soviétique et le système communiste en général. Une contre-manifestation composée essentiellement d’anciens résistants vinrent clamer leur hostilité à sa présence. Les militants communistes de Marcinelle y étaient en nombre .

C’est dans ce climat émotionnel qu’un Ukrainien du camp du Sart se vanta auprès d’un des curés organisateurs qu’il avait combattu l’Armée Rouge avec Vlassov*. Nestor Giot, alors conseiller communal à Marcinelle, l’avait entendu et lui administra une gifle retentissante. Le curé fut poursuivi à coups de pierre jusqu’au quai de Sambre tout proche aux cris de « arrière noir corbeau ». A cette occasion, notre conseiller communal de Dampremy, Maurice Magis fut emmené au poste de police. Il fut relâché très rapidement à cause de la perturbation qu’il causait dans le commissariat de la ville basse en chantant l’Internationale à tue-tête.
Peu d’Ukrainiens restaient à Marcinelle lors de la catastrophe de 1956. Dans les jours qui suivirent le 8 août 1956, les femmes du RFP (Rassemblement des Femmes pour la Paix) et des jeunes de la JPB (Jeunesse Populaire de Belgique) allèrent au Sart-Saint-Nicolas pour s’enquérir des besoins des plus urgents à satisfaire parmi les épouses et enfants des mineurs emprisonnés dans la fosse du Cazier. Elles dénoncèrent, à cette occasion une fois encore, les mauvaises conditions de logement. La délégation était conduite par Marie Guisse. La revue féminine communiste italienne « Noi Donne » était vendue, venant de Rome, aux immigrés du quartier. Beaucoup de jeunes Italiens rejoignirent ainsi les rangs des jeunes communistes dans des activités longtemps clandestines. Le procès Lodolo permettra la reconnaissance du PCI en Belgique.
Ecrit par Roger Nicolas