Christine Mahy : « Prenons la mesure de la gravité de ce que représentent les crises additionnées »

Afficher l’image source Covid, inondations, énergie… Les crises sont multiples et touchent particulièrement les personnes vulnérables. Christine Mahy, secrétaire générale du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, invitée de Matin Première, fait le point.

Le gouvernement a de nouveau imposé le télétravail en raison de la hausse des chiffres covid. Une décision qui a un impact sur les plus précarisés, selon Christine Mahy :  » Le télétravail ralentit les contacts entre les personnes. La réactivité des services, par mail ou téléphone, est amoindrie. Mais surtout, quand on est plus vulnérables, on a besoin d’avoir un dialogue singulier avec la personne en face de soi. « 

Accès aux services

Le risque, c’est que les personnes décrochent et ne parviennent plus à accéder à des services en raison de leur illectronisme. La secrétaire prend l’exemple du numéro d’urgence 1718, le call center du Service public de Wallonie :  » Une énorme partie des gens qui arrivent au 1718 parce qu’ils n’ont pas pu atteindre dans les temps voulus les services organisés sur le terrain. « 

Même si elle n’y est pas opposée, Christine Mahy ne voit pas une digitalisation des services comme la panacée :  » Dans tous les gouvernements, on met la digitalisation comme LA solution à tous les problèmes, mais il y a toute une série de pans de la société où cela ne s’explique pas. Quand les personnes sont particulièrement vulnérables, elles ont besoin de s’exprimer dans la nuance, dans le temps. Elles ont besoin d’être en relation directe pour qu’on soit dans une relation équilibrée. « 

Non-recours au droit, paiement tardif, l’envoi de documents hors délais… Les conséquences du télétravail sur l’aide aux personnes précarisées sont multiples, selon Christine Mahy :  » Il y a même des gens qui abandonnent complètement. Ça se colle sur une situation qui préexistait à la crise sanitaire où il y avait déjà des saturations dans de nombreux services. Quand une personne âgée ne reçoit plus d’aide à domicile tout simplement parce qu’elle n’arrive pas à rejoindre le service. On répond qu’on traite les demandes par mails, qui s’empilent. « 

Tirer les leçons

Christine Mahy reconnaît que la situation est compliquée.  » Dans le rebond de la crise actuelle, tout le monde travaille sur ce qu’il a capitalisé avant. Remettre tout en route comme avant sans se poser de questions de fond comme « Qu’est-ce que le comme avant a produit ? » « Pourquoi le fait-on comme ça maintenant ? » et surtout comment « Changera-t-on le modèle après ? », c’est dangereux. « 

Elle pense qu’on a tiré les leçons des vagues covid précédentes :  » Des choses vont se remettre automatiquement en place et puis il va falloir rallumer les éléments de veille. Comment ne pas oublier les personnes les plus isolées, sans papier, sans abri… J’espère qu’assez naturellement, les dispositifs orientés vers les personnes vulnérables vont être réactivés automatiquement. « 

Crises multiples

Afficher l’image source Inondations, énergie, covid… les crises sont en train de s’entrecroiser. Pour la secrétaire générale du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, il faut prendre la mesure de la gravité de ce que représentent les crises additionnées.  » En 2008, il y a eu une crise bancaire, en quelques nuits, on a trouvé des milliards pour sauver les banques. Pour le covid, on doit trouver beaucoup d’argent et on prend vite des décisions. Idem pour les inondations. La réalité de l’effritement des conditions de vie des gens est très importante, y compris de la petite classe moyenne. En soi, c’est une crise. « 

Face à ces crises multiples, Christine Mahy constate une  » colère visible et sourde  » et  » un décrochage démocratique  » :  » Certains se demandent si les autorités qui nous organisent font encore sens pour nous. Il y a des problèmes qu’il faut entendre depuis longtemps : quand le statut cohabitant appauvrit quand on se bat pour des 14 euros bruts de l’heure, quand des gens restent avec des contrats intérim sans jamais avoir un contrat durable, lorsque des gens n’arrivent plus à avoir des logements payables et de qualité. « 

A.T. sur base d’une interview de Thomas Gadisseux

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