Jours de gloire, de délire …

Des drapeaux, des chansons … Accolades frénétiques … ! Visages réjouis des grands garçons d’outre-Atlantique dont les mentonnières lâches se balançaient au rythme d’un mâchonnement inlassable. Ce fut l’époque du tabac blond, des parfums exotiques de savon, de fumée mielleuse et de chewing-gum.
On était heureux … on tournait en rond autour d’une corne d’abondance et on s’attendait à la voir se répandre sous la poussée des ovations … Il n’en fut rien.
Le temps passa agrémenté par le défilé d’interminables convois roulant vers le front car il y avait encore un front quelque part. Mais cette fois, il empiétait sur le territoire ennemi, de l’ennemi qui crachait ce qui lui restait de venin sur ses armes monstrueuses : les torpilles volantes. Ce fut le martyre de nos plus belles villes.
On se réjouissait de temps à autre de l’arrestation d’un incivique, d’un lampiste comme on disait car les collaborateurs de haute lignée avaient pu se ménager de souveraines protections.
Quelque temps avant le débarquement des Alliés en Normandie, le général Yvan Gérard avait été désigné pour prendre le commandement de toutes les forces de la résistance unifiées sous la dénomination de « Troupes de l’Intérieur » et placées sous le commandement suprême du général Eisenhower.
Après la campagne éclair, le général Eisenhower rendit hommage aux T. I. puis les invita à poursuivre la lutte sous une forme nouvelle. Nous avons vu de quelle façon, nos hommes répondirent à cet appel. Le commandant national Raymond Dispy, devenu ministre, passa le commandement de l’Armée belge des Partisans à son adjoint Raoul Baligand et fit l’impossible pour l’organisation de l’armée nouvelle où les forces de la résistance devaient apporter leur héroïsme, leur esprit combatif. Les hommes qui avaient lutté pendant quatre ans dans les conditions les plus pénibles et qui avaient contribué largement au rétablissement de l’autorité légale, étaient capables de s’adapter rapidement à l’instruction militaire moderne, au maniement des armes les plus perfectionnées. Le commandant Dispy surmonta toutes les difficultés. Il eut la satisfaction de voir les T.I. incorporées dans l’armée régulière sous le commandement du général Gérard.
Bon nombre de chefs P.A. furent nommés officiers adjoints à l’Etat-Major du général. Pleins d’ardeur, ils se préparaient à conduire leurs hommes au combat final, à prendre part avec les alliés à la ruée au-delà du Rhin …
Quant tout à coup, un ordre survint : « Les troupes de la résistance devaient déposer les armes » ! Cette nouvelle atterra les patriotes. On repoussa leurs offres de services !
En signe de protestation, les partisans organisèrent à Bruxelles le 25 novembre, une manifestation qui leur attira les foudres des autorités ressuscitées ou rapatriées.
Et ceux-là qui avaient combattu l’ennemi durant quatre années se virent assaillis pour avoir voulu crier leurs reproches à eux qui avaient prodigué tant de belles promesses naguère. Des patriotes, titulaires des plus belles citations, furent bousculés, jetés à terre et matraqués.

Dispersés, allaient-ils demeurer livrés à eux-mêmes, allaient-ils boire à la coupe de l’ingratitude ? Peu importe ! ils avaient fait leur devoir et ils ne le regrettaient pas.
Mille cinq cents des leurs étaient disparus, fusillés, torturés, morts au combat, cinq mille cinq cents autres avaient été déportés dans les bagnes nazis.
Les rescapés ne renieraient pas leurs camarades. Ils n’étaient pas de ceux qui oublient lorsque tout est fini.
Fini ? Peut-on dire que le monstre s’est assagi quand on l’a étourdi et même quand on l’a amputé ? …
A suivre : « Ils m’ont fusillé »