Libres propos:  » Le cri du peuple »

J’ai profité de quelques jours de repos pour lire cette bande dessinée, éditée chez Casterman, intitulée « Le cri du peuple » dont les auteurs sont Tardi et Vautrin, qui retrace, à sa façon, l’histoire de la « Commune de Paris » dont on célèbre le 150ème anniversaire en 2021.

Ce livre suscite l’admiration par la qualité des dessins dont on oublie presque qu’ils sont en noir et blanc. Les dialogues en argot parisien, élevé au rang d’une vraie langue régionale, donnent plus d’intensité au récit même si le Wallon que je suis doit souvent les relire pour bien les comprendre.

La Commune de Paris a posé les fondements du Socialisme, en 1871, et le peuple de la Capitale l’a bien payé.

Comme l’écrit Jean Baronnet dans « Le Temps des Cerises, la Commune de Paris en photographies » (1), à la page 21 : « Ce fut l’élimination et la déportation d’une classe entière de la population parisienne. En huit jours, du 21 au 28 mai 1871, 3.000 fédérés sont tués au combat et probablement 20.000 hommes et femmes fusillés sans jugement dans la rue, 35.000 arrestations sont effectuées dont 651 enfants de 7 à 15 ans, 130 seront condamnés, 960 meurent dans les camps, 30 sont fusillés après jugement. 514 périront dans les forts et les pontons de la Côte Ouest. 

Ces faits précèdent la déportation en Nouvelle-Calédonie de 4.187 détenus condamnés, ils y resteront de 1872 à 1881 , 402 ne reviendront pas.

Dans l’autre camp, il y eut 877 combattants versaillais tués et 76 otages fusillés, dont l’archevêque de Paris. » (fin de citation). La disproportion du nombre des victimes frappe et on se souvient du conflit Israël-Palestine.

Après avoir tourné la dernière page du « Cri du Peuple », je me dis que ce peuple de Paris, ce peuple martyr, n’est pas montré à son avantage. Sont en scène des dépenaillés, des délateurs, des voleurs

et assassins, des collaborateurs qui jouent le double jeu entre les « Versaillais » et les « Communeux », des mafieux et de pitoyables prostituées.

Je ne peux croire que ce sont ceux-là qui sont morts par milliers pour soutenir les réformes (toujours d’actualité en beaucoup d’endroits sur la planète) défendues durant les 72 jours de la Commune : droit de vote des femmes, instruction obligatoire, abolition de la peine de mort, séparation de l’église et de l’Etat, suppression du travail de nuit, réformes peu présentes dans la bouche des auteurs de la BD.

Nos ancêtres, dont mes aïeux, se sont battus âprement pour des conquêtes politiques et sociales, ils étaient pauvres. Ils ont consenti beaucoup de sacrifices mais ils étaient dignes. Il n’en est pas de même de nombre d’acteurs du « Cri du Peuple ».

Encore une chose : la terrible leçon de cette lecture est que les travailleurs ne doivent attendre aucune concession de la bourgeoisie. Non, ils doivent la conquérir jusqu’à l’héroïsme puis la défendre durement ce qui induit une constante vigilance. C’est encore vrai aujourd’hui où des peuples (Biélorussie, Birmanie, Brésil, Colombie, Russie, etc…etc…) paient de leur sang la réalisation de leurs aspirations.

Oui, la lutte des classes n’a rien perdu de sa vérité.

A Ostende, le 09/06/2021, cette forme d’hommage à la Commune de Paris

Willy Burgeon

  • Ce livre, œuvre de Jean Baronnet, Xavier Canonne et Johan Pas, fut édité à l’occasion d’une exposition du Musée de la Photographie de Charleroi qui eut lieu des 24/09/2011 au 15/01/12. Le livre contient une intéressante réflexion sur l’art photographique de l’époque.

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