Armée belge des partisans armés (suite LXXX)

Hallali (1)

R

Le commandant Baligand, en route pour les Ardennes, venait de laisser Hemptinne à sa gauche. Il pédalait tranquillement, sans avoir l’air de remarquer les convois plus ou moins délabrés qui se pressaient vers l’Est. Entre deux groupes de véhicules disparates, une poignée de fantassins, le col déboutonné, traînant des pieds, jetant en passant un regard de mauvais augure au cycliste bon enfant …

Baligand, fort de sa carte rexiste, ne s’en inquiétait pas du tout. Néanmoins, après son expérience d’Haversin, il avait pris soin de dissimuler son sauf-conduit dans le cadre de son vélo…

Attention ! Un tournant … Une demi-douzaine d’Allemands grimpaient la côte… La moitié d’entre eux poussaient des vélos. Les autres haletaient sous le soleil. Leurs armes ballotaient lamentablement sur leur dos ou sur leur poitrine. Pourtant le route était belle … L’air brassé fouettait agréablement le visage du P.A.

« Halte ! »

Pied à terre, Baligand sortit son portefeuille, exhiba sa carte d’identité. Un boche baragouinant le français la dédaigna…

« Nein, nein, nix papier… Mais il posa la main sur le guidon de la bécane et acheva sur un ton autoritaire : Vélo ! »

Les papiers n’intéressaient pas les fuyards ; ils n’enviaient que la bicyclette. Déjà le voleur avait les deux mains sur les poignées. Notre ami s’accrocha à son bien : « Hé là … Minute ! ».

Sous le regard ahuri des boches qui n’y comprenaient rien, il prit une clef, desserra un écrou, enleva la selle, retira du tube la carte magique et la présenta fritz.

« Regardez ça : je cache ce papier parce que la région est infestée de terroristes … Vous pouvez lire ? Propagandiste-recruteur ! »

Et Baligand attendit fièrement le respectueux claquement de talons que son merveilleux laissez-passer lui rapportait habituellement.

Le boche jeta sur le papier un regard dédaigneux en grognant longuement puis siffla dans une moue de mépris : « Wehrmacht kaput ! Plus nécessaire propagande. »

Il rendit au partisan le papier déprécié puis, satisfait, il enfourcha le vélo.

A suivre : « Hallali 2 »

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