Copie de la lettre envoyée par notre ami Jacques Coupez à Madame la Ministre de l’Environnement

La RTBF présentait hier son magazine « Investigation » qui traitait du recyclage des métaux mais aussi et surtout des graves pollutions engendrées par ces activités qui, de prime abord, en plein dans l’air du temps de l’économie circulaire apparaissent bien sympathiques mais qui, au final, sont responsables des plus grosses émissions de PCB de toute l’Europe.
Au travers des séquences on pouvait découvrir le total désarroi et l’impuissance des populations riveraines face aux pollueurs, à la pollution de l’air, de l’eau, des sols, aux énormes risques pour leur santé immédiate mais aussi à plus long terme.
Madame la Ministre, dans les années 2005, j’étais conseiller communal à la Ville de Charleroi au sein du groupe Ecolo. A cette époque, les vieux outils de la sidérurgie locale transformaient le minerai de fer en or car la demande d’acier était extrêmement importante avec les prix de vente très élevés. Comme dans les années 60, le haut fourneau crachait ses fumées colorées et les ciels étincelaient lors de la transformation de la fonte en acier.
Si l’époque était faste pour les industriels, pour les riverains des usines et bien plus largement pour des pans entiers de quartiers de Charleroi, il fallait vivre dans la puanteur, respirer et travailler dans une ambiance toxique (dioxine), chargée en pm10 et pm 2,5, subir les rejets de poussières, de fumées et d’eaux industrielles très polluantes dans la Sambre, subir aussi la pollution sonore de tous les engins 24/24 h,… Bref une pollution dans tous les domaines et une qualité de l’air exécrable qui dépassait jusqu’à 70 fois les normes européennes.

Soutenu par les riverains et la population locale, mes interpellations au conseil communal ont fait prendre conscience aux édiles de la nécessité de revoir les permis d’exploiter des entreprises sidérurgiques, de les conditionner aux normes avec effet évolutif si celles-ci devaient changer avant l’expiration du permis, ou encore de les conditionner au suivi des nouvelles technologies tout en s’assurant de contrôles en continu pour l’ensemble les valeurs normatives des rejets.
En simplifiant beaucoup l’historique, une large task force (Comité Technico-Scientifique – CTS ) fut mise en place par le ministre de l’Environnement de l’époque (Mr Lutgen) et ses collaborateurs. Celle-ci regroupait la DGRNE (cellule air et IPPC), l’ISSeP, la Ville de Charleroi et des représentants des services communaux concernés, la DPC et DPA, les patrons des industries, des représentants de la ministre de la Santé de la RW (Mme Vienne) ainsi que trois représentants de la population et des riverains.
Cette task force était présidée par Madame Annick Fourmeaux de la cellule « air » à l’époque, aujourd’hui Directrice Générale au SPW.
Le cadre de révision des permis étant accepté, bon nombre de réunions se sont tenues aussi en présence d’experts de la métallurgie (CRM), de la santé (des toxicologues entre autres).
Parallèlement au Comité Technico-Scientifique avait été créé un Comité d’accompagnement appelé : comité de suivi de la qualité de l’air à Charleroi. J’en avais été élu président et à ce titre je siégeais parmi les 3 représentants au CTS.
Ce comité d’accompagnement était présidé par l’Echevin de l’Environnement de Charleroi et jouait un rôle d’interface entre le CTS, les industriels, la population, les acteurs de la santé et les décideurs politiques.
Ainsi, suite à l’intense pollution mais aussi aux 170 ans d’histoire sidérurgique sur les sols de Charleroi, la population avait beaucoup de craintes pour sa santé en fonction du lieu de vie et/ou de travail mais aussi en fonction de ce qu’elle cultivait, qu’elle mangeait (légumes racines, légumes feuilles, fruits du jardin) et du mode de culture pratiqué (à l’air, en serre, arrosage à l’eau pluie ou de puits).
Au cours d’une réunion du comité de suivi, les experts ne pouvant répondre avec assurance à une personne qui demandait si elle pouvait consommer les fruits et légumes de son jardin, il fut décidé outre les analyses de l’air d’y faire des analyses des sols, de différents types de fruits et légumes, des eaux de pluie et des eaux de puits.
Ce fut l’étude LEGUMAP diligentée par l’Université Agronomique de Gembloux, 10.000 analyses, qui démontraient notamment des dépassements de normes en métaux lourds et faisaient des recommandations en matière de consommation et de mode de vie pour les personnes, et surtout les enfants en bas âge.
De son côté les travaux du CTS avançaient promptement, les industriels entamaient les investissements nécessaires pour la mise en conformité des normes de production de l’acier (placement de filtres divers, d’aspirateurs, de dépoussiéreurs électrostatiques, d’appareillage pour les mesures des rejets en continu, …
Deux ans de travaux intenses pour l’ensemble des acteurs mais au final, à la délivrance des nouveaux permis d’exploiter une réduction de 65% des niveaux de pollution, plus aucun dépassement des normes, des assurances et un cadre de vie pour les riverains, des conditions de travail saines pour le personnel et la fierté des industriels de pouvoir se vanter de produire proprement.

Parmi les 3 usines concernées par la pollution, l’une d’entre-elles (Carsid) a fermé définitivement ses portes mais la fermeture n’était en rien liée à la révision du permis d’exploiter ni aux investissements réalisés (100 millions). C’était le choix industriel de l’actionnaire principal russe de fermer le site de Charleroi et de La Louvière.
Très, très succinctement voici décrit, Madame la Ministre, une méthode qui a porté ses fruits, qui a permis de maintenir l’emploi et de garantir un environnement de qualité dans et autour des usines.
A la suite du reportage « d’Investigation » je me suis dit que je devais vous communiquer l’expérience vécue et ne pouvais prendre le risque de rester muet face à la gravité des faits, au mépris des industriels et au désarroi des populations riveraines des entreprises de recyclage, de me dire aussi qu’il y avait peut-être quelque chose à retirer des expériences du passé.
L’envie de vous écrire était double car à l’occasion d’un précédent reportage « d’Investigation » qui traitait des nuisances provoquées par les usines de transformation de la pomme de terre, je pensais déjà vous informer de ces révisions de permis d’exploiter réalisés à Charleroi.
Plus que certainement vous connaissiez ces avancées carolorégiennes mais elles me semblaient si essentielles pour la société, pour le développement durable que je n’ai pu m’empêcher de saisir mon clavier.
Restant à votre disposition pour tous renseignements complémentaires, je vous d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de toute ma considération.
Jacques Coupez, ancien conseiller communal d’obédience communiste élu sur la liste ECOLO