Le recyclage des métaux : la pollution wallonne qui valait un milliard (suite)

Les plus gros pollueurs de PCB d’Europe

Incendie chez Keyser à Courcelles

Nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Il existe un registre des polluants à l’échelle européenne. Il se nomme l’E-PRTR (European Pollutant Release and Transfer Register). Il répertorie les rejets de plus de 30.000 entreprises dans 65 activités économiques différentes sur toute l’Europe.

On a voulu savoir quelles sociétés rejetaient le plus de PCB dans l’air sur le continent. Chaque fois dans le haut du classement, on retrouve plusieurs broyeurs à métaux wallons. Nous avons extrait les données et nous avons fait contrôler ces chiffres par l’Agence Wallonne de l’Air et du Climat (AWAC). C’est elle qui valide les chiffres publiés dans le registre. Elle a corrigé certaines erreurs d’encodage en défaveur des entreprises.

Partant de cette correction, on peut dire qu’entre 2016 et 2019, aucun autre secteur n’a émis plus de PCB en Europe : 197 kilos cumulés. Pour la dernière année disponible (2019), les 6 broyeurs à métaux wallons occupent le Top 10 du classement. Pour voir le tableau récapitulatif année par année, cliquez ici.

Un coût sociétal proche du milliard

Cette pollution a un impact sur la Santé et l’Environnement. C’est ce que l’on appelle le coût sociétal. L’AWAC l’a estimé. Dans un avis rédigé le 21 novembre 2019, elle mentionne « un dommage de 5 millions d’euros/kg de PCB totaux émis« . On a sorti notre calculette. On arrive au chiffre astronomique de 986 millions d’euros cumulés pour l’ensemble du secteur en Wallonie (sur 2016-2019). Et cela, sans même parler des années antérieures où le problème était sous le radar.

Ça paraît abstrait mais les PCB peuvent avoir des effets très concrets. Dans un prochain article, nous reviendrons sur les victimes de cette pollution et certaines conséquences financières.

Face à ces chiffres colossaux, l’entreprise Cometsambre a réagi en les contestant formellement. « Les données AWAC ne correspondent pas à la réalité enregistrée ces années-là : elles résultent d’une présomption non seulement contestée mais également préjudiciable. Il y a un rapport de 20 à 100 entre nos données et celles validées par l’AWAC… Le tableau des résultats environnementaux a été délibérément noirci, à l’initiative d’un membre de l’autorité de contrôle« , nous écrit Jérôme Hardy, le porte-parole.

Les accusations sont graves. L’entreprise nous a livré des chiffres que nous ne sommes pas en mesure de vérifier. Elle ne nous a pas fourni sa base de calcul. Seule l’AWAC est compétente en ce domaine. Nous lui avons fait remonter ces critiques. À l’heure où nous écrivons ces lignes, l’Agence n’y a pas encore répondu.

Des poussières chargées

Il reste enfin quelques chiffres. Ils sont livrés par Eurofin. Entre 2017 et 2019, ce laboratoire agréé a analysé les retombées atmosphériques de 3 sites de broyage en Wallonie (Courcelles, Châtelet et Obourg). Il a récolté les poussières retombées dans des jauges Owen situées en 4 points autour des usines. Pour voir le résumé des résultats, cliquez ici.

Encore une fois, on est largement au-dessus des critères de qualité fixés par la Région wallonne. Dans une note de synthèse de l’administration, l’AWAC précise que : « Les mesures des toxiques recherchés (PCBs totaux, (PCDD/Fs + PCBs dioxin like) = équivalent toxicologique à la dioxine de SEVESO, PBDEs de l’US-EPA) sont très préoccupantes, cohérentes d’un site à l’autre et reproductibles d’une campagne à l’autre. Elles dépassent largement les critères toxicologiques de l’AwAC en matière de retombées atmosphériques calculés sur base de valeurs toxicologiques de référence pour l’ingestion provenant d’institutions spécialisées (OEHHA (Etat de Californie), USEPA…) et du comportement main-bouche des jeunes enfants« .

Les résultats ont été compilés par différents scientifiques (ISSeP, Laboratoire de Toxicologie Clinique du CHU de Liège et AWAC) dans une étude publiée dans la revue scientifique Atmospheric Pollution Research. Cette étude met en évidence des concentrations de PCB parmi les plus hautes jamais rapportées dans la littérature.

Dans les conclusions, les auteurs présument que « la santé des travailleurs mais aussi de la population vivant à proximité de telles installations peut être affectée par une forte exposition aux polluants« . Se pose donc la question des risques encourus par le voisinage. Dans notre prochain article, nous tenterons de voir si la population est réellement exposée et nous dévoilerons les résultats d’une étude inédite jamais réalisée par les pouvoirs publics.

Emmanuel Morimont

Extrait de RTBF.be

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