L’armée belge des partisans armés (suite LXXIII)

La vie dans les camps

Qu’on ne s’imagine pas que les maquisards coulaient au camp une vie de tout repos. La discipline y était de rigueur comme dans l’armée régulière.

Voici d’ailleurs la copie d’un ordre de service : 7 h : réveil – 7 h 30 : déjeuner – 8 h : salut au drapeau – de 8 à 9 h : corvées – de 9 h à 11 h 30 : exercice – 12 h : dîner – de 13 h 30 à 14 h : corvées – de 14 à 17 h 30 : exercice – 17 h 30 : souper – 21 h : appel du soir- 21 h 30 : couvre-feu.

Chaque jour, une compagnie de piquet fournissait la garde. La garde était composée de trois sentinelles relevées toutes les deux heures. L’entrée du camp était interdite aux civils. Les hommes qui n’étaient pas de piquet pouvaient sortir dans les limites de la commune de 17 à 21 heures. Les déclarations de maladie devaient se faire lors de l’appel du matin.

Dès le réveil, les P.A. se rendaient à la rivière pour y procéder à leur toilette puis ils rangeaient leurs couchages et veillaient à la propreté des huttes. La corvée d’épluchage s’effectuait à tour de rôle comme à la caserne.

Pour parler à ses chefs, le P.A.se mettait en position « fixe » et il saluait militairement.

Aucun P.A. ne pouvait agir de sa propre initiative.

Au retour de chaque expédition, les armes étaient nettoyées et rangées au magasin d’armement. Les armes ne pouvaient pas être déposées dans les huttes.

Les hommes capables d’un manquement étaient notés et comparaissaient devant le commandant.

Nous ne jugeons pas nécessaire de nous attarder sur une multitude de détails visant le service ou les travaux exécutés dans les camps. Un volume ne suffirait pas à cette fin.  Nous avons en main d’innombrables documents de l’époque décrivant au jour le jour la vie des hommes du maquis.

Quelques feuillets s’en échappent … Voulez-vous y jeter un coup d’œil ?

A.B.P. secteur Ouest

« … le service intérieur fonctionne normalement. F … remplace son adjoint R … actuellement aux mains de la Gestapo.
– … Nous procédons au montage d’une ligne téléphonique.
– Aujourd’hui, quatre P.A. partis en France depuis hier midi, ont ramené deux bœufs pesant chacun 700 kilos. Ces bêtes serviront uniquement à la nourriture du camp … »

D’autre rapports sont plus agressifs. En voici un déchiffré presque illisible :

Secteur Ouest – Bataillon F.R.S.

« – Le 1 er septembre sur la route de Sedan, nous avons ouvert le feu sur deux motocyclistes allemands qui sont allés mourir dans les bras de l’A.S. postés un peu plus loin. Le même jour, une voiture automobile fut attaquée à la grenade et détruite. Impossible de nous emparer du moindre matériel car un blindé a surgi brusquement et, après avoir ouvert le feu sur nous, les Allemands ont ramassé les morts et les armes. Donc 6 morts au tableau mais bredouille en fait de matériel.
– Nous avons ensuite ouvert le feu sur un autre camion. Trois hommes sûrement atteints mais le camion a continué sa route vers Corbion.
– Hier, N … a fait un prisonnier.
– J’ai arrêté moi-même un Allemand montant un side-car et armé d’un fusil. L’Allemand est interné au … »

Nous ne connaîtrons pas la fin de ce rapport. Les partisans n’avaient pas eu le loisir de le ranger soigneusement dans un classeur. Mais en voici un autre, plus proche de la libération :

A.B.P. – 5/09/1944

« Ce jour, vers 9 h, avons rencontré un groupe d’Allemands dans le bois entre Orgeo et Biourges. Après échange de coups de feu, l’ennemi se rendit, soit huit hommes dont un blessé et un überleutenant faits prisonniers. Composition du groupe de P.A. : Paul, André, Charles, Henri, Fernand, Désiré et quelques hommes du bataillon d’’Orgeo
signé : Paul »

Communiqué laconique, banal, dirait-on mais combien éloquent pour qui connaît la somme de patience, de courage, de ruse et d’audace que durent déployer les hommes du maquis.

Et voici l’ordre du jour qu’un commandant de bataillon adressait à ses hommes le 2 septembre 1944.

« Camarades,
Le moment est venu d’agir. Les pointes américaines s’approchent rapidement. J’ai la ferme conviction que vous allez faire tout votre devoir. Je vous accompagnerai partout. Nous avons exécuté jusqu’à présent un travail magnifique avec de pauvres armes, des souliers et des vêtements en lambeaux mais avec tant de cœur. Le monde entier connaîtra vos exploits.
Mes chers camarades, l’heure a sonné. Conformez-vous strictement aux ordres que vous donneront vos chefs.
Restons calmes, unis et forts.
Vive la Belgique libre ! Vengeance pour nos morts !
La chef de bataillon : Fernand »

Avec de pauvres armes ? Veut-on savoir avec quel armement cinq P.A. attaquèrent témérairement une voiture blindée à Petit-Voir ? Deux fusils de chasse à un coup, un fusil de chasse à deux coups, un mousqueton français à trois coups, un Mauser M 1896 à 5 coups. Les Allemands pourvus d’armes automatiques ripostèrent par un feu nourri. Nos cinq P.A. s’en tirèrent heureusement sans dommages mais aussi sans succès, on le comprend aisément.

Prochain épisode : « Une visite à Tournai ».

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