« Contre-propagande n° 2 : attentat contre des chemises noires »
Deux « chemises noires » se trouvaient de faction devant le garage « Vlaanderen », chaussée de Gand, près du cimetière de Molenbeek. Les deux simili-soldats semblaient pleins de hargne tant ils se donnaient de l’importance et s’efforçaient à copier les manières de leurs maîtres. L’arme au pied, ils paraissaient redoutables et se gonflaient stupidement à l’approche de trois garçons d’aspect plus ou moins minable : « Pauvres civils, voyez nos uniformes de bonne coupe, nos boutons bien astiqués et puis nous sommes armés. Vos vêtements râpés nous font pitié. »

Seulement les trois pauvres bougres, mains en poches caressaient leurs révolvers. Omer, que nous connaissons déjà avait le commandant du petit détachement et possédait une arme de qualité : un 7/65 F.N. Cyrille manipulait un vieux révolver à barillet et Lucien qui en était à sa première expédition s’enorgueillissait d’un 6/35 douteux.
Fort de son expérience et mieux armé, Omer se réserva la sentinelle de gauche et recommanda à ses deux amis de tirer en même temps sur l’homme de droite. L’affaire dura deux secondes. Le « chemise noire » visé par Omer s’écroula, touché mortellement. L’autre, éperdu, fit un bond en arrière. Cyrille avait tiré à côté et le révolver de Lucien s’était enrayé. Omer s’élança, fit face au factionnaire qui s’était ressaisi tandis que Cyrille et Lucien battaient en retraite.
La sentinelle leva sa carabine. D’un revers de main, Omer fit dévier l’arme et pressant coup sur coup la détente de son révolver, il foudroya le traître puis il prit le large à son tour.
D’autres « chemises noires » sortirent du garage et ouvrirent le feu sur les partisans. Heureusement, leur tir manquait de précision. Omer courant à toutes jambes, dépassa un homme étendu sur le pavé : c’était Lucien. En arrivant au premier coin de rue, Omer fit demi-tour et, se coulant d’une porte à l’autre, revint vers l’ennemi. De toutes ses forces, il lança une grenade O.F. qui rebondit deux ou trop fois avant d’exploser. Dégoûtés, les traîtres ramassèrent leurs morts et rentrèrent dans le garage
Omer respira mais un reste d’inquiétude le tenaillait car Lucien demeurait introuvable. N’avait-il pas été blessé puis emporté par les rexistes ?
Le lendemain, Lucien, indemne se présenta au rendez-vous. Il expliqua son aventure de la veille : « Je m’étais simplement couché comme il se doit en entendant les balles siffler à mes oreilles. »
Après bien d’autres opérations, Cyrille finit malheureusement au four crématoire d’un camp nazi. Quant à Lucien, il devait être fusillé à Breendonck.
Prochain épisode : « Le tour de bien d’autres traîtres ».