L’armée belge des partisans armés (suite LIII)

Rupture de câble

Tout le long du tablier du pont reconstruit provisoirement sur le canal à Marchienne-au-Pont court un énorme câble téléphonique reliant Paris et Charleroi en passant par Valenciennes. Comme on s’en doute, les Allemands y attachaient une grande importance. C’est à l’entrée du pont, qu’à deux reprises, le câble avait été coupé par les patriotes puis réparé par les boches.

Comme il en avait l’habitude en pareilles circonstances, l’ennemi avait ordonné qu’une dizaine de civils fussent placés en permanence sur le pont afin d’empêcher toute nouvelle tentative de sabotage. Mais qui se serait méfié de quatre hommes qui, un beau soir, deux à deux, mains dans les poches, franchissaient le pont en bavardant paisiblement ? Cependant, à peine ces hommes eussent-il atteint le pavé du côté de Charleroi que quatre autres promeneurs venant de Marchienne se présentèrent à l’entrée du pont.

C’est alors que les premiers firent demi-tour mais avec les mains derrière le dos, cette fois. Intrigués, les gardes refluèrent vers le milieu du pont. Pas à pas, posément, les huit hommes les resserraient dans leur étau, lentement, inexorablement. Qu’est ce que cela voulait dire ? Un ordre jaillit : « Entrez là et ne bougez pas ! »

Là, c’était une cabine aux planches disjointes. Sidérés, les veilleurs s’y entassèrent dans l’obscurité. Les partisans refermèrent la porte puis, tranquillement, selon un plan longuement préparé, ils s’égaillèrent pour prendre la place des gardiens inoffensifs.

Cependant, D …, le chef et R …, son lieutenant se couchèrent sur le bord extrême du pont. La tête collée contre le madrier rugueux, s’accrochant des pieds aux moindres aspérités, les deux compagnons atteignirent le câble et se mirent en devoir de le ceinturer de dynamite.

A un moment donné, une patrouille allemande s’engagea sur le pont. Un léger sifflement avertit les deux saboteurs. Sans s’émouvoir, ils suspendirent leur travail et attendirent, couchés, confiants en la vigilance de leurs camarades.

Les quatre soldats s’avançaient lourdement entre deux haies de partisans qui se dodelinaient innocemment, les mains derrière le dos, en corvéables résignés. Les boches se doutèrent-ils jamais du danger qu’ils frôlèrent ce jour-là ? Au moindre geste suspect, les révolvers des P.A. auraient dit leur mot. La patrouille s’éloigna. D … et R … continuèrent patiemment leur travail.

L’explosion se produisit deux minutes seulement après le départ des P.A. Deux charges placées à distance arrachèrent un tronçon de câble d’un mètre cinquante de longueur.

Qu’en pensèrent les pauvres gardes enfermés dans la cabine ? Et les boches ?

« Allo, Paris !
Coupé, ce jour-là ! »

A la suite de ce sabotage, le câble fut gardé par des sentinelles allemandes armées jusqu’aux dents. Des fils barbelés encadrèrent partiellement les lieux et la circulation fut interdite sur la partie du pont voisine du câble.

Une façon comme une autre de reconnaître la valeur des P. A.

Prochain épisode : « La garde wallonne fournit des armes ».

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