Mai-juin 1967, le drapeau noir flottait sur l’usine de l’Anglo-Germain à La Louvière

En mai juin 1967, les ouvriers occupaient des ateliers Anglo – Germain à La Croyère (La Louvière).

Evénement important, d’abord parce que ce fut une des premières occupations d’usine à l’époque en Wallonie, ensuite par la mobilisation et la solidarité exceptionnelles qu’elle entraîna autour d’elle, de Liège au Borinage mais aussi en Flandre.

J’ai eu le plaisir d’en parler avec Marcel Couteau, qui était à l’époque le délégué principal FGTB et l’incontestable leader du movement et j’ai aussi consulté un petit livre commémoratif de ce combat publié en 1997.

Les “Golden sixties?”, pas pour tout le monde

Il est communément admis que les années 60 auraient été , entre la reconstruction d’après guerre et le choc pétrolier de 1973, une période de prospérité, de plein emploi, de consommation individuelle sans limite (avec la voiture, la TV, la machine à laver etc. ), en quelque sorte le paradis capitaliste sur terre .


On parle aussi des « 30 glorieuses » (1945-1975) pour exprimer l’essor économique de l’Occident post 2ème guerre mondiale. Mais pour les travailleurs de Belgique, et en particulier de Wallonie, cette vision idyllique n’a pas grand chose à voir avec la vérité historique. Dés la fin des années 50, les fermetures des charbonnages, d’outils sidérurgiques, d’ateliers de fabrications métalliques se succèdent et , ce ,entre autres en ce qui concerne les charbonnages et la sidérurgie, sous l’égide de la 1ère forme d’organisation européenne supra-nationale, la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier.

Dans la région du Centre, autour de La Louvière, cela a signifié entre 1956 et 1966, la perte de 21300 emplois industriels d’ouvriers et d’employés soit la perte de 34% des emplois industriels, contre un gain de 2700 emplois créés dans les services.

Cela a signifié une baisse du pouvoir d’achat (de 1957 à 1961de 9,5%), le départ de travailleurs vers d’autres régions , la dégradation du logement , en un mot la mort lente d’une région. Curieuses « années d’or » en effet, qui voient les fleurons du savoir faire de toute une région sacrifiés sur l’autel de la recherche du profit maximum immédiat au détriment de l’intérêt général.

N’avait on plus besoin dans les années 60, en Belgique, en Europe et dans le monde, de locomotives , de wagons , de tramways, de grues etc. Le matériel ferroviaire de la région du Centre était réputé aux 4 coins du monde, et ce, depuis la deuxième moitié du XIX ème siècle. Les noms de « Forges-Usines et Fonderies de Haine St Pierre » (FUF), « Franco-Belge » devenue Anglo-Germain, « Baume-Marpent » sont indissociablement liés aux locomotives à vapeur, puis électriques, aux wagons, aux voitures qui sillonnèrent le monde entier. 

L’histoire de la fermeture de l’Anglo-Germain. Des livres sont encore disponibles.

En 1954-1955, l’ industrie ferroviaire du Centre pouvait sortir un wagon toutes les 3 minutes, une voiture toutes les 3 heures, une locomotive toutes les 8 heures.

Mise à mort d’un fleuron du capitalisme belge

Premier aspect de la mise à mort, le non investissement des profits fabuleux dégagés pendant des années et des années dans la construction ferroviaire, à partir essentiellement de commandes publiques. Le grand patronat et les banques , en particulier « la Société Générale » préféraient investir leurs profits vers d’autres activités plus « rentables » et laissaient volontairement vieillir et mourir un outil industriel , condamnant ainsi à mort tout le savoir-faire et l’excellence de travailleurs, qu’ils avaient dans l’après guerre pressés comme des citrons !

Autre aspect de la mise à mort, c’est de peu à peu concentrer le maximum d’activités sur le siège brugeois de « La Brugeoise » là où les salaires étaient moins élevés, sorte de délocalisation à l’échelon national. Et ce y compris pour les commandes publiques de la SNCB. Des entreprise de la region du Centre furent ainsi obligées de céder leurs propres commandes à Bruges, faute de garanties bancaires… Plus qu’un choix « communautaire », c’était de toute évidence – comme toujours – un choix de gros sous! Comme quoi « non, non, rien n’a changé… »

Déjà des sanctions pour boycotter l’URSS et la Chine

Il faut aussi le souligner , à une époque où les sanctions économiques pour raisons politiques sont à nouveau à la mode (contre L’Iran, la Russie, Cuba, la Syrie puis l’ Irak sous l’égide de l’Union Européenne et des Etats Unis) , la Franco-Belge ( devenue par la suite Anglo-Germain) s’est vu imposer – comme tous les constructeurs ferroviaires le boycott de commandes venant des pays de l’Est.  Dès 1948, les licences d’exportation pour une commande venant d’Union Soviétique de 4000 wagons basculants furent refusées , de même que de nombreux projets pour d’autres pays de l’Est . En 1955, une commande de locomotives-tenders pour la République Populaire de Chine, représentant 18 mois de travail pour 700 ouvriers était interdite.

A suivre

Sandro Baguet

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