Tous ces récalcitrants au progrès, faut les mater. Valérie Pécresse l’a décidé : le 1er novembre, le carnet de 10 tickets de métro de la RATP augmentera de 2 euros. Pour les passes numériques, le Navigo Easy (sic) ou le Navigo Libertés + (resic) restera à 14,90 euros les 10 voyages. Seuls les rétrogrades qui renâclent devant le titre de transport « dématérialisé » seront taxés.

Tous au pas ! Le ticket de métro faut en finir, en faire un privilège de riche qu’on montrera du doigt dans la rue. Même principe à la SNCF : désormais, quiconque persiste à vouloir acheter bêtement son ticket au guichet de la gare se retrouve en Union soviétique. Il lui faut prendre place dans la queue interminable qui serpente devant les rares guichets qui n’ont pas fermé et où s’agitent encore de vrais humains en chair et en os. Nombre de gares n’ont plus ni guichets ni machines à tickets. Mettez-vous au e-billet, et plus vite que ça ! Faites vous-même toutes les démarches, tapez vos demandes sur votre clavier, suivez la marche à suivre.
La numérisation des services publics.
Santé, éducation, justice, tout doit y passer. Et pas de panique : « La digitalisation des services publics ne signifie en rien leur déshumanisation, bien au contraire ». Il est vrai que sur certaines lignes SNCF des contrôleurs achètent eux-mêmes des tickets qu’ils revendent aux usagers au prix coûtant afin de les dépanner et de leur éviter de payer leur ticket au tarif du bord (astronomique). Ça crée du lien, non ?
Mieux promet Hürstel : « La digitalisation doit permettre à l’administration de soutenir des missions à forte valeur pour ses agents ». En clair : finies les tâches ingrates d’autrefois. Les agents vont pouvoir s’éclater devant leur écran ! `
Tout cela est bel et bien beau et nous emmène vers un avenir radieux sauf que …sur une pleine page titrée « Pourquoi est-ce si difficile de faire des prévisions économiques ? » Le Figaro (24/09) nous rappelle ce paradoxe qui empêche les économistes de dormir depuis plus de trente ans : « Alors que la high-tech bouleverse tout sur son passage, la productivité stagne. » Déjà en 1981 Robert Solow le notait « L’ordinateur triomphe partout, sauf dans les statistiques ! » Pourtant la révolution numérique devrait comme toutes les avancées techniques majeures avant elle, soutenir la croissance. Or, celle-ci reste molle. Qu’importe : cette même révolution numérique va, c’est sûr, faire de nos vieux services publics des outils modernes, rentables et performants. Vive la start-up nation, à bas les tickets de métro !
Le Canard enchaîné le 02/10/2019