L’armée belge des partisans armés (suite XXXVI)

Les partisans armés dans la région liégeoise (1 ère partie)

Charbonnage des 6 Bonniers

A titre documentaire, voici la liste de quelques exploits accomplis par les partisans dans la région liégeoise entre décembre 1941 et novembre 1942 :

Sabotage du transporteur aérien aux Ateliers Espérance-Longdoz à Seraing.
Sabotage d’essieux de wagons à minerai au même établissement
Sabotage de voies ferrées : ligne Liège-Longdoz-Flémalle et raccordement Cockerill
Incendie de bois de mine aux charbonnages du Thier Potet à Seraing
Destruction de câbles électriques à haute tension au Pont de Froidmont à Liège
Destruction d’une ligne électrique à haute tension alimentant une usine de Grivegnée
Sabotage des câbles électriques de l’U.C.E. au pont de la Troque à Seraing
Bombe placée à l’Office du Travail à Seraing
Attaque de la maison Souka (traître de Seraing)
Sabotage des génératrices de l’usine Pieper à Seraing
Destruction de la station de pompage à Ougrée-Marihaye
Sabotage des transformateurs aux charbonnages des Six Bonniers à Seraing
Sabotage du funiculaire à Ougrée-Marihaye
Sabotage de huit pylônes porteurs de câbles à haute tension près de la station de Rotheux-Rimière
Sabotage des transformateurs aux établissements Espérance Longdoz
Sabotage de voies ferrées : ligne Liège-Longdoz- Flémalle à l’endroit « Eglise de la Troque »
Incendie de wagons chargés de bois de mine en gare de Warzée
Sabotage de voies de tramway à Seraing (1 er mai 1942)
Sabotage du pont de fer à Jemeppe (usine Beer)
Sabotage de la grosse grue aux établissements Cockerill à Seraing

Toutes ces opérations ne s’effectuèrent pas sans accrocs. Ne prenons qu’un exemple : le dynamitage de la station de pompage à Ougrée-Marihaye le 8 août 1942. Pour cette expédition, les partisans s’étaient répartis en deux groupes. Le premier venant de Seraing suivait la rive droite de la Meuse. Le second longeait la rive opposée en sens inverse pour franchir le fleuve au pont d’Ougrée. L’horaire soigneusement établi devait amener les deux groupes auprès de l’objectif exactement à l’heure prévue. Les hommes arrivant de Seraing devinaient leurs amis venant à leur rencontre. Soudain, un crépitement déchira la nuit et des cris s’élevèrent de l’autre côté de la Meuse.

Le 2 ème groupe venait de tomber dans une embuscade. Les boches, ayant eu vent de l’affaire avaient envoyé un détachement à la rencontre des partisans. L’équipe de Seraing n’eut ni le temps, ni l’occasion d’intervenir car le combat cessa brusquement.

Les partisans surpris et inférieurs en nombre comme en armement battirent en retraite. Malheureusement, l’un d’eux, Jean Guillaume devait être porté par ses camarades. Une balle de mitraillette l’avait frappé mortellement ; il devait expirer avant la fin de la nuit. Sept autres partisans furent arrêtés et exécutés huit mois plus tard.

Le premier groupe comprit que l’opération était irrévocablement compromise. Les patriotes se retirèrent, la mort dans l’âme et remplis d’inquiétude au sujet de leurs camarades. Leur rage et leur volonté d’accomplir tôt ou tard le sabotage projeté s’accrurent quand ils apprirent la mort de l’un des leurs.

Le 20 septembre, la tentative fut renouvelée. Cette fois, les partisans ne rencontrèrent aucun obstacle et la station de pompage d’Ougrée-Marihaye fut mise hors d’usage pour un temps considérable ce qui ralentit sensiblement la production si chère aux Allemands. Nous en reparlerons plus loin.

De tous les hommes ayant pris part aux opérations détaillées au début de ce chapitre, nombreux furent ceux qui succombèrent à la tâche : les uns arrêtés et fusillés, d’autres tués au cours de diverses expéditions ; ceux qui échappèrent à la mort furent expédiés en Allemagne dans les camps de sinistre réputation.

Hans Camille

Tous demeurent égaux à nos yeux mais nous ne pouvons passer sous silence la fin particulièrement tragique des camarades Deharrent, Hans et Derasquinet. Au cours d’une mission, Deharrent tomba dans un guet-apens et fut froidement abattu par la Gestapo. La mort du partisan devint plus sensible à ses compagnons quand ils apprirent qu’elle était due à la trahison d’un ignoble provocateur : un individu appelé Macat, chien de chasse de la police allemande.

Après une enquête sérieuse, il fut reconnu que Macat était effectivement très dangereux, très au courant et très actif. La sécurité du groupe dépendait de la célérité avec laquelle le traître serait réduit à l’impuissance. Au début de mai 1942, Hans accompagné du camarade Derasquinet, abrégea la carrière de Macat en lui logeant deux balles dans la tête sur le pont de Wandre. Malheureusement, les passants ameutés et croyant être témoins d’un vulgaire assassinat s’élancèrent à la poursuite des justiciers. Serrés de près, les partisans tirèrent en l’air plusieurs coups de révolver. Cela ne ralentit guère l’allure des poursuivants, au contraire, les détonations alertèrent d’autres citadins.

Nos deux hommes étaient armés de grenades mais ils ne pouvaient pas s’en servir contre une foule de braves gens induits en erreur. Hans, voulant couvrir la retraite de ses compagnons fut bientôt environné d’une foule houleuse. Il courait le risque d’être lynché quand des gendarmes belges survinrent bien à propos. Hans dut se croire sauvé. Il dut se dire qu’on ne manquerait pas de lui rendre la liberté. (La police n’est-elle pas au courant des agissements de chacun ?)

En attendant, on fourra notre ami en prison. Sa femme avertie appréhenda le pire. Prévoyant que les Allemands apprendraient l’histoire du partisan, elle se hâta d’intervenir auprès des gendarmes. Elle leur exposa ses craintes, fit valoir les raisons qui amenèrent son mari à procéder à l’exécution du traître. Hans n’était pas un assassin mais un soldat agissant par ordre. Aucun motif ne pouvait être relevé sinon celui du patriotisme pour le justicier et de trahison pour le condamné.

La malheureuse femme implora la compréhension des gendarmes, fit appel à leur patriotisme, à leurs sentiments humains. S’ils ne pouvaient pas relâcher le partisan, ils pouvaient tout de même fermer les yeux, faciliter ou tout simplement ignorer son évasion ou son enlèvement. Vaine démarche.

Et le lendemain, tout espoir devait être abandonné. Comme on l’avait prévu, les Allemands prirent livraison du patriote dont le destin devint ainsi inéluctable. L’histoire de Hans finit quinze jours plus tard… au pied d’un talus, en face de dix fusils fumant … et contre un poteau éclaboussé de sang. Derasquinet avait suivi son ami en prison et le rejoignit dans la mort.

Parmi les rescapés de cette rude campagne, se trouvait le commandant Mathieu Bielen, chef de groupe le camarade F …, Luc de son vrai nom de guerre… Mathieu devint par la suite chef des corps à Charleroi sous le nom de commandant Jules. F … était occupé en qualité de monteur-électricien aux établissements Espérance-Longdoz. Son meilleur compagnon de travail était aussi un partisan dévoué, le camarade Verdin de Seraing.

Verdin Jules

A la suite d’une longue série de sabotages, les Allemands exaspérés redoublèrent de vigilance. Servis peut-être par un vil dénonciateur, ils suivirent la bonne piste. Le 27 octobre 1942, à six heures du matin, une vingtaine de soldats cernèrent la maison de Verdin. Heurtant la porte par des coups de crosses, ils alertèrent le partisan et sa femme qui ne se bercèrent pas d’illusions sur le but de cette visite trop matinale. Les Allemands firent irruption dans la maison mais Verdin n’était pas homme à se laisser prendre. Sous les yeux de sa femme épouvantée, il sauta par la fenêtre au moment propice et ouvrit le feu sur ses assaillants.

A suivre

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