L’armée belge des partisans armés (suite XXIX)

Voici César, l’un des partisans victime de la trahison du 23 décembre 1942 et rescapé des bagnes nazis. Nous lui demandons de nous faire part de quelques souvenirs. Il y consent de bonne grâce…



Que voulez-vous que je vous dise. Mon histoire est bien simple. Sur la fin de 1940, je me suis attaché comme tant de camarades à la propagation de la presse clandestine et aussi au service de solidarité à peine naissant.

En 1941, nous passâmes à la résistance active. Nous nous essayâmes au sabotage soit en coupant des boyaux de freins Westinghouse soit en remplaçant l’huile de graissage des wagons par des poignées de sable et aussi en incendiant des réserves de bois de mine.

Malheureusement l’arrestation de Tinclair survenue sur le pont de Marcinelle vient entraver notre action. La perte de ce camarade nous laissait dans le plus complet désarroi. Mais Victor Thonet vint donner une impulsion nouvelle à notre organisation. Puis, ce fut une longue série de sabotages… au charbonnage du Bas-Long-Pré, à la Fabrique de fer puis au charbonnage du Cazier de Marcinelle.

Vous savez tout cela ? Oui et aussi l’exécution du traître Theugels, n’est-ce pas ? Ce soir-là, j’assurais la protection de V … avec G …, B … et F … Au moment où le fameux rexiste frappait à la porte de l’arsenal des pompiers où sa voiture était garée, V … l’abattit de trois balles de révolver. Puis, nous partîmes chacun de notre côté.

Nous avons eu moins de chance vis-à-vis du bandit De Heug, à Mont-sur-Marchienne. L’individu se présenta à une fenêtre de l’étage et l’un de nous fit feu prématurément. De Heug ne fut pas atteint et le lâche l’éclipsa prestement. En désespoir de cause, nous lançâmes une grenade dans la maison avec un piètre résultat, je dois l’avouer…

En ce qui concerne Demaret de Ransart, vous êtes certainement au courant.

Que je vous parle de l’affaire de Luttre ? Pas très compliquée. Nous étions dix et nous procédions tranquillement au dynamitage d’une dizaine de locomotives, d’une grue et de la centrale électrique. Cependant que deux ou trois de nos hommes maintenaient sous bonne garde les ouvriers rencontrés dans les ateliers. Non, nous ne vîmes pas d’Allemands mais on m’a dit que des soldats se trouvant çà et là dans les environs coururent se mettre à l’abri dès les premières explosions.

Nous avons aussi exécuté une action du même genre à Bellecourt mais alors quinze partisans furent mobilisés. Résultat : dix locomotives démantibulées et pour employer nos dernières cartouches, nous avons fait sauter un aiguillage.

Vous ai-je parlé du charbonnage du Petit-Try de Lodelinsart ? Comme au Cazier, nous avions mis la main sur 300 kilos d’explosifs et ensuite, nous avons fait sauter les machines d’extraction. Nous nous étions réunis par petits groupes dans le bosquet proche du charbonnage, en tout une vingtaine de P.A. Deux hommes manquaient à l’appel : ils s’étaient trompés de route. Je me souviens de quelques noms : V …, F …, W … et le beau-frère de ce dernier dont je n’ai retenu que le nom de guerre : Titi. La plupart d’entre nous étaient armés de révolvers mais quelques hommes ne possédant que des matraques.

Vers minuit, nous nous approchâmes. V … escalada le muret s’empressa d’ouvrir la porte. J’entrai aussitôt et nous maitrisâmes le gardien se trouvant dans ce que j’appellerai le corps de garde. Tous les camarades entrèrent à leur tour et nous arrêtâmes l’un après l’autre les veilleurs effectuant leur ronde et les ouvriers travaillant à la surface.

Je dois dire que tous ces gens firent preuve de bonne compréhension. Nous les fîmes descendre dans les sous-sols et l’action proprement dite fut alors entreprise. Il est impossible de-vous conter tous les détails car je restai de garde à l’entrée. Mais ce que je peux vous dire c’est qu’à mi-temps de l’opération, deux gendarmes se présentèrent à la porte du charbonnage. Ils y furent désagréablement surpris de l’accueil mais, bon gré mal gré, ils durent se soumettre. Un révolver braqué vous inspire souvent la docilité. Les braves pandores furent donc conduits après des autres prisonniers. Ils protestèrent bien rageusement mais en fin de compte, ils se résignèrent.

Comme je vous l’ai dit, nos hommes remontèrent de la mine 375 kilos de dynamite dont 300 kg servirent à la destruction des machines. Bien entendu, le reste fut emporté pour nos besoins ultérieurs.

Mon arrestation ? Oui, c’est vrai, on m’appelle le miraculé. Cette histoire est incroyable et pourtant … Vous savez qu’une vaste opération était projetée pour le 25 décembre 1942. En vue de certains préparatifs, j’avais rendez-vous avec Thonet et Decelles le 23 décembre à 9 h 30 du matin en face de la cabine des Ateliers Germain à Marchienne-au-Pont. J’arrivai le premier sur place mais je n’attendis pas longtemps Car Decelles s’amena bientôt. Au moment où nous échangions une poignée de mains, une douzaine d’Allemands surgirent, dessinant un mouvement équivoque. Presqu’aussitôt, nous nous rendîmes compte de leur véritable intention. Ils essayaient de nous cerner. Comme j’avais en poche un révolver chargé et n’ayant aucune grâce à espérer, je décidai de jouer mon va-tout et je m’enfuis en direction de Monceau-sur-Sambre

A suivre

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