L’armée belge des partisans armés (suite XVII)

Résumé: les partisans venaient de saboter cinq pylônes

Mais dans la jubilation générale, les critiques aussi firent leur apparition :

« Dommage qu’on n’ait pas fait sauter ceci … ou cela…
A.X. …. On fabrique des pièces de rechange …
Les Allemands chargent tous les jours dix wagons de marchandises à Y … »

Au cours des jours qui suivirent R … et ses hommes ne perdirent pas un mot de tous ces bavardages utiles. Les renseignements pleuvant innocemment de partout étaient récoltés de façon aussi innocente. Mais des cerveaux avertis sélectionnaient toutes les indications, en soupesaient l’importance, contrôlaient leur authenticité.

transformateur électrique réalisé aux ACEC

C’est ainsi que les patriotes apprirent l’existence à Houdeng de la S.A.F.E.A., société spécialisée dans la fabrication de produits chimiques et particulièrement du benzol avec un rendement de 1200 litres par heure. Source appréciée des Allemands et que les partisans décidèrent de tarir.

Les amateurs ne manquaient pas qui désiraient mettre la main à la pâte mais R … voulant répartir les risques, initier tous ses éléments et satisfaire chacun dans la mesure du possible, modifia son équipe. C … fut de nouveau de la partie mais deux novices allaient tenter leurs premières armes : M … et un vieux pensionné que les autres avaient poétiquement rebaptisé Cupidon

Les abords de la S.A.F.E.A n’étaient pas inaccessibles quoiqu’entourés d’une haie serrée de fils barbelés. A franchir cet obstacle après l’emploi de tenailles, les saboteurs se plaçaient déjà en délit d’effraction. Mais ils n’y regardaient pas de si près. N’étaient-ils pas en rupture de loi depuis leur départ ?

Allons donc ! depuis le début de l’occupation ! Ces hommes qui, dès le premier jour, s’étaient mis en rébellion contre l’oppresseur se voyaient traqués, en butte à la déportation, aux représailles les plus sévères. Au lieu de se terrer, ils se lançaient à l’attaque, recherchaient les endroits les plus remarquables et, partant, où ils étaient le plus exposés. Missions obscures, combien plus efficaces que spectaculaires. Comme partout ailleurs, le système de distribution de l’électricité de la S.A.F.E.A., allait subir le choc. La destruction du foyer d’énergie était le plus sûr moyen d’amener la paralysie générale de l’établissement. Un à un, évitant d’accrocher leurs vêtements aux ronces artificielles et de trébucher parmi les fragments de ferrailles, les partisans gagnèrent la salle des transformateurs où ils pénétrèrent sans difficulté. Quatre cabines aux parois d’acier y étaient signalées. Elles renfermaient les appareils recherchés et leurs portes aux serrures compliquées les rendaient inviolables. Mais nos hommes ne s’embarrassaient pas pour si peu. Des orifices restreints livraient passage aux câbles mais un homme ne dépassant pas la moyenne pouvait s’y glisser sans trop de peine.

Le vieux Cupidon était de faction devant la porte. R … et M … se mirent à quatre pattes puis, jouant des coudes et des genoux, s’infiltrèrent à la suite l’un de l’autre dans la première cabine. On frémit à l’idée de ce qui serait arrivé si une ronde avait surpris les partisans dans leur position contraire ou si les câbles heurtés de façon inusitée avaient déclenché un court-circuit malheureux.

C … resté dehors préparait les charges et les passait à ses camarades. A l’intérieur de la cabine, les deux hommes s’éclairant de leurs torches électriques avaient trouvé l’emplacement favorable pour la pose des cartouches et travaillaient d’arrache-pied. C … fut peut-être le seul à trouver le temps long car, après avoir placé les explosifs, il ne pouvait qu’attendre… et il n’avait pas comme Cupidon, le loisir de scruter les environs. L’une après l’autre, les quatre cabines reçurent la visite des saboteurs et furent l’objet de tous leurs soins ; la suite se déroula selon le processus habituel : allumage des mèches et retraite bien ordonnée.

Au passage, on reprit le factionnaire et on laissa à son sort la  S.A.F.E.A., prospère, en pleine activité mais déjà sous la menace mortelle de quelques petits points en ignition.

Cupidon n’était pas le plus pressé pour tourner le dos aux bâtiments minés. L’affaire était une nouveauté pour le brave homme et sans doute, ne tenait-il pas à être trop éloigné du feu d’artifice au montage duquel il venait de participer. Mais l’heure n’était pas aux réjouissances, si méritées fussent-elles. Et le vieux dut suivre la file … Mais quand le tonnerre des explosions s’échappa des cabines éventrées, un juron étouffé, empreint d’enthousiasme et d’admiration témoigna la joie du bonhomme.

Que Dire de la réaction des Allemands et des Kollaborateurs à la suite de cet événement ? Bien des péniches attendirent longtemps leur chargement ou bien retournèrent à vide car l’usine resta en chômage durant plus d six semaines.

Détail piquant : une équipe de spécialistes fut commandée aux A.C.E.C. (Ateliers de Construction Electrique de Charleroi) en vue de restaurer l’installation. A leur arrivée sur les lieux, les ouvriers constatèrent qu’un transformateur n’avait pas beaucoup souffert. La puissance de l’explosion s’était développée vers l’extérieur de l’engin et la carapace métallique seule portait quelques éraflures. Mais au cours du démontage, les ouvriers ne manquèrent pas de parfaire la destruction qu’une charge moins efficace que les autres n’avait fait qu’ébranler. Les travaux de préparation débutaient par un sabotage supplémentaire.

Fin de cet épisode. 
A suivre prochainement: « Un repos bien mérité ».

Laisser un commentaire