LES PARTISANS DANS LE CENTRE
I

Les évènements dont nous venons de parler étaient encore l’objet de toutes les conversations quand Baligand reçut de l’Autorité Supérieure l’ordre de quitter la région. Deux motifs avaient dicté cette mesure. Tout d’abord la prudence. En effet, le commandant en second du groupe de partisans circulait impunément depuis trop longtemps dans le pays de Charleroi. Bien connu des gendarmes, il ne jouissait pas de l’entière sympathie de tous, car il avait sa réputation de militant communiste. Et puis, n’était-il pas de ces aventuriers qui s’opposèrent à l’élévation de Franco, ce balayeur qu’un certain Degrelle devait un jour s’efforcer d’imiter ?
En ce temps-là on ne clamait pas encore bien haut que les communistes avaient vu clair dans l’affaire d’Espagne. Et peut-être leur en voulait-on d’être les seuls ayant eu la perspicacité de découvrir le danger et le courage de l’affrontement au prix de leur sang ! Braves gens ! Nous vous aimons, car nous vous comprenons, à présent, ô vous qui êtes tombés là-bas, en Nouvelle-Castille ou dans les Monts Ibériens, et vous, leurs camarades, qui les avez connus et qui gardez leur foi, leur héritage ! Vous poursuiviez leur tâche contre le même ennemi. Qui donc aurait osé prétendre que vous n’aviez pas raison ?
Qui ? Les rexistes, salopards, chacals à la curée derrière les hordes hitlériennes ! Oui, ceux-là se faisaient les mouchards, les rabatteurs de la Gestapo, et les patriotes qui vivaient dans leur entourage devaient se tenir sur leurs gardes.
La fréquence des actes de sabotage et les déplacements de Baligand au centre du théâtre de ces opérations pouvaient inciter l’ennemi à faire quelque rapprochement. C’est donc l’une des raisons pour lesquelles le partisan reçut l’ordre de changer de secteur. Un autre motif, peut-être plus puissant que le premier éloignait momentanément notre ami du pays de Charleroi : la mission d’organiser dans la région du Centre un service de sabotage à l’image de celui dont Thonet avait le commandement.

Le premier rendez-vous eut lieu en face de la gare de Haine-Saint-Pierre. Baligand jouait négligemment avec un trousseau de clés et fumait d’une façon particulière. Il n’attendit pas longtemps la venue d’un promeneur qui lui demanda du feu en rognant distraitement le bout d’une cigarette. C’était là un signe de reconnaissance. L’échange de quatre formules banales correspondait rigoureusement aux indications reçues d’avance mit les deux hommes en confiance. Baligand et S …, responsable de Mouvement patriotique de l’endroit venaient d’entrer en contact. Quelques jours plus tard, d’autres éléments : C …, A … et E … étaient présentés au nouveau chef.
Jusqu’alors, l’activité du groupe s’était bornée à la diffusion de tracts et de journaux clandestins, à la destruction de freins Westinghouse et autres petits sabotages sous la direction du camarade Foucard, un vétéran de la guerre d’Espagne.
Malheureusement, ce partisan de la première heure avait été repéré, puis arrêté. Il devait être le premier patriote fusillé pour sabotage. Sa fin tragique avait jeté le trouble parmi le groupe du Centre comme l’arrestation de Tinclair avait plongé le groupe de Charleroi dans l’expectative. Et pourtant, ces résistants, pour ainsi dire livrés à eux-mêmes, désiraient ardemment pendre une part très active dans la lutte contre l’oppresseur. Pleins de bonne volonté, ils brûlaient de suivre l’exemple des hommes du Pays-Noir dont les exploits se répercutaient jusque dans le Borinage. Mais ils croyaient leurs désirs irréalisables car ils manquaient de moyens et de directives et, nous l’avons déjà dit, l’arrestation de Foucard le savait consternés et mis en défiance. Les conditions n’étaient pas brillantes pour un débat, mais devant la fermeté d’âme de ces volontaires, Baligand ne douta pas un instant du succès
A suivre