
L’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) multiplie, ces derniers temps, une série de messages destinés au futur gouvernement fédéral dont se dotera le pays, un jour ou l’autre. Ces discrètes mises en demeure sont abondamment relayées par la presse mainstream de chez nous. Au mois d’avril, Le Soir faisait part de l’étonnement de l’OCDE devant « le niveau de taxation des salaires » en Belgique 1. Autant le dire d’emblée, il s’agissait là d’un plaidoyer pour un nouveau tax shift.
Pour faire bonne mesure, La Libre Belgique reprenait récemment une autre admonestation de l’OCDE à l’égard de notre pays. En l’occurrence, l’interpellation portait sur le système de formation des salaires belge (en clair, notre concertation sociale) et sur le taux de croissance de la productivité de l’économie nationale. Le raisonnement était le suivant. « Le taux de croissance de la productivité est nul ou négatif depuis quelques années : + 1,9 % en 2015, -0,2 % en 2016, 0 % en 2017 et légèrement négatif en 2018 ! Pour 2019, la projection établie par le Bureau du Plan est de +0,1%. Même si la Belgique reste un pays très productif en termes absolus, cette panne de croissance met à mal la Belgique sur le long terme pour faire faire face aux défis du vieillissement de la population, du climat, du financement de la sécurité sociale… Une étude de l’OCDE, commandée par la Belgique l’an dernier, recommande notamment de flexibiliser la formation des salaires »2. On ne saurait être plus clair, ni plus expéditif au demeurant. Cette analyse visera, d’une part, à faire plus amplement connaissance avec l’OCDE et, d’autre part, à cerner un certain nombre de présupposés sur lesquels reposent ses prescriptions.
Qui est l’OCDE ?
L’Organisation européenne de coopération économique (OECE), l’ancêtre de l’OCDE, a été créée en 1948 pour gérer le plan Marshall financé par les États-Unis pour écouler sa production excédentaire à destination du Vieux Continent après la Deuxième Guerre mondiale. La gestion du plan Marshall a conduit les gouvernements européens à devoir envisager favorablement les interdépendances économiques entre les différents pays du Continent. La mise en évidence du caractère positif de ces interdépendances est largement le fait des Etats-Unis qui désiraient éviter un morcellement des forces sur le front occidental de l’Europe face à l’ogre soviétique en pleine guerre froide. Par conséquent, les tensions internationales, de l’époque, ont encouragé les gouvernements ouest-européens à collaborer entre eux.
La méthode poursuivie au sein de l’OECE procédait et procède encore de la coordination intergouvernementale. Au début des années 1960, les choses deviennent tout doucement plus claires. Le Plan Marshall a été complètement digéré par les économies européennes. Aussi les pays d’Amérique du Nord, Etats-Unis et Canada, rejoignent les membres de l’OECE dans une nouvelle organisation, l’OCDE. La convention qui porte l’OCDE sur les fonts baptismaux est signée le 14 décembre 1960. L’OCDE est officiellement née le 30 septembre 1961, date d’entrée en vigueur de la Convention.
Les progrès de l’internationalisation des échanges sous l’égide des multinationales US conduisent l’OCDE à s’ouvrir à de nouveaux membres. C’est ainsi que le Japon rejoint l’organisation en 1964.
L’internationalisation des échanges pouvait alors commencer à s’approfondir. « Aujourd’hui, 36 pays membres de l’OCDE dans le monde se rapprochent régulièrement pour identifier les problèmes, les examiner et les analyser, et promouvoir les politiques permettant de les résoudre. Le bilan est frappant. Les États-Unis ont vu leur richesse nationale presque tripler au cours des cinq décennies qui ont suivi la création de l’OCDE, calculée en termes de produit intérieur brut par habitant. D’autres pays de l’OCDE ont connu des progrès similaires, et parfois même plus spectaculaires »3. Depuis 1964, l’OCDE n’a cessé d’accueillir de nouveaux membres. Par exemple, l’Australie et la Nouvelle-Zélande dans les années 1970. Deux décennies plus tard, les anciens pays du Comecon (l’Union économique entre les Républiques populaires d’Europe centrale avec l’URSS), ainsi que la Corée du Sud et le Mexique intégreront l’OCDE. En 2010, le Chili, Israël et l’Estonie sont devenus membres de l’OCDE. Les deux Etats baltes ont (Lettonie et Lituanie) fait leur entrée entre 2016 et 2018. La Colombie et l’Argentine sont candidates à un siège au sein de l’organisation. L’extension de l’OCDE est impressionnante.

Passé ce petit moment d’autocélébration à l’occasion de la présentation de son histoire sur son site Web, l’OCDE, sur son site, se fait plus prospective et s’inquiète quelque peu. Notamment lorsqu’elle est bien forcée de constater que certains « pays qui, il y a quelques décennies, n’étaient encore que des acteurs mineurs sur la scène mondiale – le Brésil, l’Inde et la République populaire de Chine – sont devenus de nouveaux géants économiques. Tous trois, avec l’Indonésie et l’Afrique du Sud, sont des partenaires clés de l’Organisation et contribuent à ses travaux de manière durable et complète. Avec eux, l’OCDE réunit autour de sa table 39 pays représentant 80% du commerce et des investissements mondiaux, ce qui lui confère un rôle central dans la gestion des défis auxquels l’économie mondiale est confrontée »4.
Voilà, les présentations sont faites. L’OCDE, c’est un bloc constitué autour du gouvernement et des multinationales des Etats-Unis d’Amérique. On en conclura, à bon droit, que nous ne sommes pas en présence d’une officine spécialement représentative de l’hétérodoxie économique et que cela doit naturellement un peu influencer ses jugements concernant les salaires en Belgique. C’est ce à quoi nous allons nous intéresser à présent.
Xavier Dupret
Economiste à l’ACJJ
1. Le Soir, édition mise en ligne du 11 avril 2019.
2. La Libre Belgique, édition mise en ligne du 8 juillet 2019.
3. OECD, History [en ligne], Url : http://www.oecd.org/about/history/. Date de consultation :12 juillet 2019.
A suivre