Rappel : Raoul Baligand apporte à ses amis partisans du TNT et des cordons Bickford

Voici donc notre groupe en possession d’un matériel de dynamitage sérieux. Afin d’en célébrer la réception, on choisit pour objectif un pylône de la ligne électrique à haute tension alimentant le Charbonnage du Nord de Charleroi. Deux partisans, R. et V., partirent seuls dans la nuit. Ils gagnèrent assez rapidement l’endroit repéré d’avance et, tranquillement, se mirent à la besogne.
Quatre charges furent posées deux à deux contre les montants opposés de la masse effilée. Après avoir mis le feu aux cordons, les deux hommes s’éclipsèrent mais, s’arrêtant à distance respectable, ils attendirent, le cœur battant, le beau feu d’artifice, le jaillissement d’étincelles que le contact des câbles rompus ne manquerait pas de déclencher.
Un silence lourd d’angoisse… puis soudain, une lueur et deux violentes détonations déchirèrent la nuit. Deux détonations ? Qu’est-ce que cela voulait dire ? Quatre charges avaient été posées ! Deux minutes s’écoulèrent…, puis cinq, puis dix. Rien.
Nos partisans ne pouvaient pas commettre l’imprudence de se rapprocher du pylône. Les deux dernières charges n’exploseraient-elles pas avec un retard considérable dû à une défectuosité d’allumage ? Et puis, l’alerte avait sans doute été donnée. Des patrouilles allaient venir, s’informer de la provenance des explosions… Intrigués, n’osant formuler la moindre supposition, R. et V. prirent le chemin du retour.
Le lendemain une mission importante appela V… à Bruxelles. Dans le courant de la journée R… s’en alla, en paisible promeneur, reconnaître le résultat de la randonnée nocturne. Vu à distance, le pylône paraissait intact. D’ailleurs, on ne parlait nulle part d’un arrêt quelconque dans un charbonnage.
La nuit vint. Décidé d’en finir, le Partisan, muni de deux nouvelles charges, se remit en route… Arrivé sur place, il constata que, sous le souffle des deux premières explosions, les cordons des charges posées de l’autre côté avaient été arrachés de leurs détonateurs. D’un côté le montant intact, de l’autre, parfaitement sectionné. Ce fut l’affaire de quelques minutes pour remettre en place le dispositif…
Une petite flamme jaillit, puis R… se releva et partit d’un pas mesuré. Derrière lui, deux petits points rouges se traînaient lentement dans l’herbe humide… La seconde face du pylône n’en avait plus que pour quelques minutés. Quelques minutes ? Quelques secondes ! Si les deux déflagrations surprirent légèrement le saboteur, elles lui apportèrent aussi la joie que procure le travail bien effectué. Il pouvait rentrer chez lui. Cette fois, l’affaire était réglée.
Quand, le lendemain matin, R … s’étira dans son lit, il se demanda :
– Qui va m’annoncer la nouvelle ?
Dans la rue, les cancans allaient leur train :
– Avez-vous entendu ça ?
– Notre maison en fut toute secouée !
– Mon mari s’est réveillé, mais je n’ai rien entendu …
– Qu’est-ce qui se passe ? questionna innocemment le responsable de ce remue-ménage.
– On a entendu deux détonations, mais personne ne sait d’où ça provient.
Le saboteur étouffa un juron. Nul ne savait rien ? Alors rien ne s’était produit ? Le diable s’en mêlait ! Une troisième fois, R… attendit la nuit et, avec entêtement, retourna au pylône récalcitrant. Il comprit alors pourquoi le courant n’était pas interrompu. Les quatre charges ayant été posées sur un même plan, presque au ras du sol, le pylône détaché de sa base mais soutenu par les câbles, était descendu verticalement de quelques centimètres. De loin, aucune trace apparente.
Dans l’état où l’énorme flèche se trouvait, il suffisait d’une seule charge appliquée contre l’un des montants pour rompre l’équilibre et amener la chute de tout l’appareil. Pour plus d’assurance, R… posa deux cartouches. Il n’eut pas à s’y prendre une quatrième fois. C’était l’abondance.
A suivre