Armée belge des partisans armés

ORIGINES DU CORPS DE CHARLEROI

Derniers jours de mai 1940.

Que s’était-il passé ? Notre armée n’existait plus. Les débris en étaient éparpillés dans un désordre sans nom …

On avait vu des unités tenaces accrochées jusqu’au bout aux défenses de l’Est, quand de luxueuses limousines pilotées par de galants officiers atteignaient déjà la Garonne ; des hommes se faisaient tuer sur la Lys et un major buvait le vin d’Anjou à Laval.

Et quand vint la capitulation, certains éléments dirent l’impossible pour rompre l’encerclement et rejoindre les alliés en retraite vers l’Angleterre. Ceux-là ne voulaient pas croire à la défaite. Mais à la même heure, à Toulouse ou à Narbonne, d’autres hommes respiraient avec soulagement. Heureux d’en être quittes à bon compte, ils attendaient le proche écroulement de la France en faisant le plein d’essence. L’empressement qu’ils avaient mis à fuir le canon n’avait d’égal que leur désir de rentrer au plus tôt et en Belgique, y reprendre leurs petites affaires.

À côté de ceux-là, il y avait les autres : l’armée des vaincus, de ceux qui n’avaient pas lâché leurs armes qu’à l’heure du « cessez le feu ». Le sort de l’immense majorité de ces hommes était fixés : cinq ans d’exil dans les stalags !

Et pourtant, l’ennemi d’aspect courtois et bon enfant poussait le troupeau désarmé vers de chimériques centres de démobilisation. Oui, à ces misérables exténués, crevant de soif et trempés de sueur, on avait promis un prompt retour au foyer.

Sans guides, désorientés, les malheureux avaient cru à la parole des envahisseurs. D’ailleurs, tous n’auraient pu s’échapper.

Et l’on vit de pauvres diables, un instant isolés, courir le long des routes pour rejoindre les colonnes en marche vers les bagnes nazis.

Sur la plaine des Flandres, le soleil d’été n’apportait ni joie, ni réconfort.

On oubliait le temps, la saison. Les oiseaux chantaient-ils ? Qui aurait pu s’en rendre compte ? Seuls les vainqueurs du jour resplendissaient. Leur masse sombre, écrasante, la multitude de leurs armes diverses et puissantes donnaient l’impression d’une force jamais égalée.

Des colonnes de fumée noire se perdaient dans l’immensité du ciel bleu : ça et là, une ferme, un réservoir d’essence ou un véhicule achevaient de se consumer. Dans un champ, des ailes brisées… ce qui restait d’un avion… Des chars français aux camouflages bigarrés, hier si pimpants, aujourd’hui abandonnés, lamentables épaves… Quelques soldats allemands examinaient un canon anglais et discutaient avec force gestes et sourires. Ils pouvaient se réjouir et faire l’inventaire de l’énorme butin. Les armes s’amoncelaient, matériel acquis au prix des privations d’un peuple et voué à la refonte pour le plus grand profit de l’ennemi. Tristesse !… Soldats délabrés et civils, réfugiés aux yeux dilatés d’épouvante, erraient parmi les ruines de notre armée…

Avions-nous tout perdu ? La France était acculée à la défaite. Les Anglais rentraient chez eux, annonçant avec flegme qu’ils reviendraient un jour…, mais en attendant, l’Europe était devenue une gigantesque prison.

Mains dans les poches, les lèvres serrées, mais les yeux pleins de rage, un soldat du 21e Bataillon du Génie longeait le fossé.

Des motocyclistes allemands sillonnaient la route. Leurs sourires n’agrémentaient pas la force brutale qui se dégageait de leurs casques énormes et des grenades émergeant de leurs bottes. L’homme s’en allait, un parmi tant d’autres, étonné d’être en vie, confus de la défaite, mais ne pardonnant rien aux assaillants. Soudain, il s’entendit interpeller. Plusieurs de ses compagnons d’armes, dont quelques officiers étaient là, attendant on ne sait quoi…

– Tiens, tu es là, toi aussi ?
– Oui…– Étonnant ! Comme tu as fait la guerre d’Espagne, on te croyait décidé à ne pas te laisser prendre.– Je suis toujours décidé à ne pas le laisser prendre !

Un officier haussa les épaules et dit d’une voix fatiguée :

  • A quoi bon ? Tout est fini !
  • Non, tout n’est pas fini ! La guerre continue.
  • Alors, pourquoi n’es-tu pas passé de l’autre côté ? Pourquoi n’as-tu pas suivi les copains en Angleterre ?

Le simple soldat du Génie fit cette réponse toute de foi, de résistance et de volonté :

  • Parce qu’il y aura beaucoup à faire ici !

Puis, d’un bond, notre homme franchit le fossé, se coula derrière une rangée de saules et disparut… prisonnier évadé.

A suivre

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