La révolution allemande et l’action des mineurs de la Ruhr

Bundesarchiv_Bild_183-B0527-0001-810,_Berlin,_Brandenburger_Tor,_NovemberrevolutionDès l’année 1917, une déferlante de grèves spontanées gagne l’Allemagne. Il faut dire que bien que spontané ce mouvement était le résultat de discussions et d’accords pris par des hommes de confiance de diverses usines. La révolution russe d’octobre 1917 avait bien chauffé les esprits, d’autant que la défaite de la bourgeoisie allemande était imminente, et les désertions se multipliaient dans l’armée, comme va le souligner Henk Canne-Meijer :

« L’appareil d’Etat avait perdu toute autorité ; s’il s’écroulait, ici et là, ce n’était pas en conséquence d’une lutte acharnée et volontaire des travailleurs. Leur mouvement rencontrait le vide et s’étendait donc sans difficultés, sans qu’il fût nécessaire de combattre et de réfléchir sur ce combat. Le seul objectif dont on parlait était celui de l’ensemble de la population : la paix.

II y avait là une différence essentielle avec la révolution russe. En Russie, la première vague révolutionnaire, la Révolution de Février, avait balayé le régime tsariste ; mais la guerre continuait. Le mouvement des travailleurs unis trouvait ainsi une raison d’accentuer sa pression, de se montrer de plus en plus hardi et décidé. Mais en Allemagne, l’aspiration première de la population, la paix, fut immédiatement comblée ; le pouvoir impérial laissait place à la république. Quelle serait cette république ? » Henk Canne-Meijer (1938)

« En novembre 1918, le front allemand s’effondra. Les soldats désertèrent par milliers. Toute la machine de guerre craquait. Néanmoins, à Kiel, les officiers de la flotte décidèrent de livrer une dernière bataille : pour sauver l’honneur. Alors, les marins refusèrent de servir. Ce n’était pas leur premier soulèvement, mais les tentatives précédentes avaient été réprimées par les balles et les bonnes paroles. Cette fois-ci, il n’y avait plus d’obstacle immédiat ; le drapeau rouge monta sur un navire de guerre, puis sur les autres. Les marins élurent des délégués qui formèrent un Conseil.

 Désormais les marins étaient obligés de tout faire pour généraliser le mouvement. Ils n’avaient pas voulu mourir au combat contre l’ennemi ; mais ils demeuraient dans l’isolement, les troupes dites loyales interviendraient et, de nouveau, ce serait le combat, la répression. Aussi les matelots débarquèrent et gagnèrent Hambourg ; de là, par le train ou par tout autre moyen, ils se répandirent dans toute l’Allemagne. Le geste libérateur était accompli. Les événements s’enchaînaient maintenant rigoureusement. » Henk Canne-Meijer (1938)

A l’automne 1918, ces mouvements, jusqu’alors sporadiques et cloisonnés plus ou moins les uns par rapport aux autres, prirent une forme précise et généralisée. Aux côtés des administrations classiques (police, ravitaillement, organisation du travail, etc.) parfois même – en partie – à leur place, les Conseils ouvriers prirent le pouvoir dans les centres industriels importants : à Berlin, à Hambourg, Brème, dans la Ruhr et dans le centre de l’Allemagne, en Saxe. Le contexte de l’après-guerre avait considérablement affaibli le pouvoir de l’état, la place semblait libre et le mouvement ouvrier allait s’y engouffrer.

Seulement, cette impression d’enfoncer des portes ouvertes fut de courte durée, la sociale démocratie au gouvernement va s’allier avec les corps francs1 et procéder à une répression préventive. Le ministre socialiste Noske lâchera ses troupes réactionnaires des corps francs -parmi lesquelles figure Ernst Rohm, futur dirigeant nazi . La répression contre révolutionnaire est terrible, en trois jour les révolutionnaires sont anéantis, la loi martiale décrétée, la ligue Spartacus liquidée et le 15 janvier 1919 ses chefs Rosa Luxemburg et Liebneck, sont assassinés, la « commune de Berlin » a vécue et la sociale démocratie jubile.

rosa_und_karl_1Néanmoins, le mouvement révolutionnaire n’est pas encore vaincu, A Berlin, une grève générale éclatera début mars 1919. Pour la vaincre, le pouvoir fit intervenir l’artillerie et les blindés. Les exécutions sommaires se multiplièrent. Léo Jogichés devint après l’assassinat de Rosa Luxemburg et Liebnecht le principal dirigeant du KPD, arrêté le 10 mars 1919 il est tué en prison par des policiers.

1« Les corps francs sont nés dans la période de débandade de l’armée et de l’Etat et ne servent que d’ instrument à la contre-révolution, en Allemagne et en Russie. Ils sont payés par l’État. Comme la situation semble se stabiliser, le gouvernement résout en partie leur problème en interdisant en septembre 1919 la création de gardes civiques, d’autre part en transformant purement et simplement de nombreux corps francs en unités de la Reichswehr. Mais il ne peut les intégrer tous, d’autant qu’il voudrait donner à l’ armée un « vernis » républicain. Le gros des troupes qui vont participer à la tentative de Kapp sont des corps francs revenus de Russie après avoir pris part à l’intervention étrangère. Ils craignent d’être licenciés par l’ application du traité de Versailles. Une fraction de droite, animée par Kapp, haut fonctionnaire prussien, prend contact avec leurs chefs pour une opération politique » (La gauche communiste en Allemagne 1918-1921, Denis Authier et Jean Barrot ed. Payot p.144) 

Extrait du site « Spartacus

A suivre

Laisser un commentaire