Le 1150e anniversaire de Dampremy est une occasion rêvée pour attirer l’attention sur ce bâtiment si discret et à l’histoire pourtant si riche et particulière !
En effet, s’il existe de nombreuses maisons du peuple en Wallonie. Celle dans laquelle vous vous trouvez est une des rares à appartenir à la composante communiste du mouvement ouvrier, contrairement aux autres, traditionnellement attachées au courant socialiste.
Construite à la fin du XIXe siècle, la Maison du Peuple de Dampremy est contemporaine des multiples événements qui marqueront l’histoire sociale de Belgique : la création du Parti Ouvrier Belge en 1885 et les révoltes de 1886, …
Ces événements de 1886 vont d’ailleurs considérablement marquer l’histoire du bâtiment. En effet, rappelons la sauvage répression des manifestations de mars 1886 et la tuerie de Roux. Le tir de la garde civique faucha jeunes ouvriers, femmes et enfants. Lors de la répression, plusieurs leaders ouvriers seront bannis et contraints à l’exil, notamment aux Etats-Unis. Je cite ici les noms de Falleur et Schmitz, deux des principaux leaders de ce mouvement de rébellion.
Ces émigrés ont participé activement au développement de l’industrie verrière aux USA. Faut-il rappeler que Charleroi est jumelée avec Pittsburg et que l’on trouve dans cette région les noms de communes wallonnes connus à commencer par Charleroi.
C’est là-bas qu’il feront connaissance avec l’ordre des CHEVALIERS DU TRAVAIL, une organisation syndicale protestante d’inspiration maçonnique. Au retour en Belgique, certains se regroupèrent et développèrent surtout dans la région de Charleroi ce nouveau type d’organisation syndicale. Ils rassemblèrent essentiellement dans un premier temps les verriers.
Mais ce sont les mineurs qui adhérent en nombre à ce nouveau syndicat dans notre bassin industriel. On a pu recenser une dizaine de lieux où ils se sont implantés (Dampremy, Lodelinsart, La Docherie, Courcelles, Montigny le Tilleul, …)
Les difficultés de vie étaient abominables. La faim régnait. Les ouvriers blessés n’étaient pas indemnisés. Les veuves restaient sans ressources. La soumission à un patronat arrogant, brutal fit comprendre aux mineurs qu’ils devaient se regrouper et créer des caisses d’assurance.
A Dampremy, en 1890 une telle caisse vit le jour sous le nom « La Vigilance ». Le drapeau exposé en ce lieu a certainement été confectionné à l’occasion de l’inauguration de ce vaste bâtiment ?
Les effectifs à Dampremy ont regroupé dans ce bâtiment plusieurs milliers de membres.
L’autre drapeau exposé date de 1921. C’est Le Progrès, une harmonie musicale. Cela témoigne ainsi des nombreuses activités organisées dans cette vaste maison qui comprenait à l’arrière du bâtiment actuel une vaste salle mesurant 34 m sur 17 mètres. Les activités y étaient nombreuses : musique, théâtre, gymnastique, bouloir, bibliothèque, en somme un vrai foyer culturel d’éducation permanente.
Les Chevaliers, éprouvèrent quelques difficultés à rejoindre les organisations syndicales du Parti Ouvrier Belge qui, entre temps, s’était développé et institutionnalisé…
La Première guerre mondiale va provoquer une rupture dans le mouvement ouvrier. Suite au suivisme guerrier de nombreux dirigeants socialistes, et avec la révolution russe de 1917, les courants les plus radicaux vont constituer les embryons de ce qui va devenir le mouvement communiste.
Les Chevaliers restèrent indépendants vis-à-vis du syndicat créé par le POB puis par la suite du PSB. Toutefois, ce parti y développa des activités propres durant de nombreuses années.
Un grand nombre de membres étaient très marqués à gauche et ils s’affilièrent à partir de 1921 au nouveau parti, le PCB-KPB.
Il est important de signaler que cette maison du peuple fut considérée par les autorités communales de l’époque comme salle communale où se déroulèrent par exemple des fêtes et des distributions de prix. Je tiens aussi à souligner que la grand-mère de Maurice Magis y organisa des soupes populaires lors des grandes grèves de 1932 et 1936 mais aussi durant le conflit 40 -45.
Vers 1954, avec les premières menaces sur l’avenir du charbon, les Chevaliers du Travail mirent fin à leurs activités. Les dirigeants de l’époque comme les pères de Maurice Magis, de Robert Dussart et le grand-père de Jean-Pierre Declercq mirent fin à l’existence de la SC La Vigilance et créèrent La Nouvelle Vigilance d’obédience communiste.
En 1974, le regretté député communiste Georges Glineur créa l’asbl culturelle Le Progrès qui jusqu’à ce jour
continue d’accueillir des activités culturelles, politiques et festives, alors que de nombreuses maisons du peuple ont cessé leurs activités depuis longtemps…
Pour en terminer, la maison est devenue le siège social de plusieurs associations importantes. Parmi celles-ci, je cite l’Association Culturelle Joseph Jacquemotte reconnue comme association d’éducation permanente par la Fédération Wallonie-Bruxelles et le Secours populaire Wallonie-Bruxelles pour que vive la solidarité.
Robert Tangre