
La famille Shawr, un couple avec deux enfants fuyant le Kurdistan en guerre était à la recherche d’une vie meilleure en tentant de se rendre en Angleterre via la Grande-Synthe (Dunkerque) en France où les migrants sont évacués de force tous les huit mois environ. La famille Shawri avait déjà tenté une première fois de se rendre à la Grande-Synthe en traversant notre pays mais elle avait été renvoyée en Allemagne selon les accords de Dublin.
Le 15 mai, pour rejoindre la France, la famille en question traverse notre pays dans une camionnette avec à bord trente autres migrants. A hauteur de Namur, sur l’autoroute E 42 s’engage une folle poursuite policière qui se poursuivra jusque Maisières (Mons) et là survient le drame : un policier fait feu sur la camionnette et tue la petite Mawda Shawri âgée de deux ans.
L’enquête sur les circonstances de la tragédie est en cours. La petite mourra dans l’ambulance sans sa maman. En effet, les parents sont menottés et mis au cachot. Ils apprendront la mort de leur fillette le lendemain… Mais notre Charles Michel national s’empresse dès le surlendemain de présenter ses condoléances et à recevoir la famille Shawri et surtout figurer sur la photo qui sera à la une de tous les journaux. Dans ce domaine, notre premier ministre est fortiche, dès qu’une chose se passe en Belgique, il est présent sur la photo (c’est de la communication). Mais soyons de bon compte tout en recevant la famille Shawri. Il leur accorde généreusement l’asile humanitaire. La générosité du gouvernement s’arrêtera là…
La Plate-Forme Citoyenne de Soutien aux Réfugiés prend en charge la famille Shawri, leur fournit le logement, les repas, les cigarettes, les frais de justice et même les funérailles qui ont eu lieu le 29 mai, funérailles suivies par 1 500 personnes tandis que les pouvoirs publics regardaient ailleurs…
Le 25 mai, Bart de Wever, le premier ministre de l’ombre, déclare que les parents sont les véritables responsables de la mort tragique de la petite Mawda. Fuir son pays en guerre serait quelque chose d’insensé. Seuls les Belges peuvent se le permettre… On n’aurait pas le droit d’envisager une vie meilleure ? Certes non car de ces étrangers, on ne veut rien savoir, ni sur leurs sentiments, ni sur leurs espoirs, du pays d’où ils proviennent encore moins…
Le premier ministre recadre Bart de Wever, président du plus puissant parti politique de ce gouvernement. Charles Michel a, jusqu’à présent, après deux ans de mandat, passé le plus clair de son temps à recadrer principalement la N-VA. Selon le Vif/l’Express il aurait recadré plus de vingt fois les membres de son gouvernement… Si bien que le piètre encadreur devient l’ennemi du bon peintre…
Mardi 29 mai, les 11 recteurs des institutions universitaires francophones et néerlandophones de Belgique ont adressé une lettre au Premier ministre Charles Michel dans laquelle ils disaient appuyer la demande de régularisation définitive de la famille de Mawda. Cette régularisation permettrait à la famille de la fillette, tuée par une balle de la police, « de suivre la procédure judiciaire et de se recueillir sur sa tombe », écrivaient-ils notamment en exprimant par ailleurs leur préoccupation « devant le climat actuel à l’égard des migrants qui conduit à une dégradation progressive du respect dû aux personnes et de la protection des plus vulnérables dans nos sociétés« .
La lettre a fait réagir, jeudi matin, Theo Francken, secrétaire d’Etat à l’Asile et la Migration, sur Twitter, celui-ci y menaçant les recteurs d’un « retour de boomerang, tant sur le fond que publiquement ». Ce tweet polémique faisait suite, lui-même, à deux autres messages, postés également jeudi matin et dans lesquels le Secrétaire d’Etat s’interrogeait entre autres sur le respect de l’esprit académique de la part de recteurs « ne connaissant pas les détails du dossier ». Des recteurs qui signent une lettre collective à propos d’un dossier dont ils ne connaissent pas les détails et pour lequel l’enquête est encore en cours, n’est-ce pas contraire à l’esprit académique lui-même ?
Dites, M.Franken que signifie votre propos : « Un retour de boomerang » ? » Quoi qu’il en soit, cela fleure bon la menace… Aurons-nous droit à un énième recadrage ?
Freddy Guidé