
Carte blanche ouverte à la signature des organisations syndicales, de solidarité internationale, de défense des droits humains et pour la paix, secteur académique et artistique. –
Le 3 janvier 2026 marque une rupture grave de l’ordre international. En lançant une attaque militaire contre le Venezuela et en enlevant le président en exercice, Nicolás Maduro, l’administration Trump a violé de façon flagrante la Charte des Nations Unies, le principe de souveraineté des peuples et l’interdiction du recours à la force.
Derrière les maigres justifications avancées, et quoi qu’on puisse penser du gouvernement vénézuélien, la réalité est assumée sans détour : il s’agit avant tout de s’approprier par la force les ressources stratégiques d’un autre Etat, quitte à imposer un changement de régime si celui en place n’est pas jugé assez coopératif.
Cette agression marque le retour d’un impérialisme décomplexé, relevant d’une doctrine Monroe version XXIᵉ siècle, qui nie aux peuples le droit à l’autodétermination. Désormais, les Etats-Unis ne cherchent même plus à maquiller les réelles motivations de leurs interventions néocoloniales. Lors de sa conférence de presse du 3 janvier, Donald Trump a prononcé 20 fois le mot pétrole, sans évoquer à aucun moment la démocratie.
Face à cette situation, la réaction de la Belgique et de l’Union européenne est profondément préoccupante. Le silence, les déclarations ambiguës et la reprise des éléments de langage de Washington constituent une forme de validation politique.
Trois jours après l’attaque, notre ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot, a rencontré à Washington le secrétaire d’État américain Marco Rubio. Parmi les sujets abordés, figurait la situation au Venezuela, sans qu’aucune prise de position — ni ferme, ni même mesurée — ne soit exprimée pour marquer un désaccord avec l’attaque menée par l’administration USA ou avec sa volonté affichée de « gouverner » un autre État souverain. En refusant de condamner clairement cette agression, nos gouvernements contribuent à l’effacement du droit international et à l’instauration d’un ordre mondial régi par la loi du plus fort.
Cette évolution nous concerne directement. Que resterait-il de notre propre souveraineté dans un monde où l’enlèvement d’un chef d’État et le contrôle d’un autre État par la contrainte deviennent des options politiques acceptables ?
Face à la loi du plus fort, aucun peuple n’est à l’abri.
Ce qui se joue au Venezuela dépasse largement ce pays. La Belgique et l’Union européenne sont à un point de bascule : soit elles acceptent la vassalisation et la complicité avec des logiques néocoloniales, soit elles défendent le multilatéralisme, la paix, la coopération entre les peuples et le respect inconditionnel de la Charte des Nations Unies.
Cette agression s’inscrit dans la Stratégie de sécurité nationale publiée en décembre 2025 par l’administration Trump, qui instrumentalise la notion de « sécurité nationale » pour imposer sa domination prédatrice sur l’hémisphère occidental. Le Venezuela n’est qu’une étape : l’administration Trump élargit explicitement son champ de menaces, évoque des formes d’ingérence accrue en Colombie, à Cuba, et même au Groenland, pourtant membre de l’OTAN de par son appartenance au royaume de Danemark. Dans cette vision des relations internationales, la contrainte, la coercition et la force deviennent des instruments de changement politique.
Tolérer ou banaliser ces déclarations revient à accepter la loi du plus fort, à affaiblir les normes qui protègent les peuples contre l’arbitraire des grandes puissances et à ouvrir la voie à une remise en cause généralisée du droit international.
En tant qu’organisations et citoyen·nes attachées à la paix, à la justice sociale et au droit international, nous appelons la Belgique et l’Union européenne à condamner sans ambiguïté l’agression militaire contre le Venezuela et l’enlèvement de son président, à exiger le respect intégral de la Charte des Nations Unies, à mettre fin aux sanctions économiques qui frappent la population civile et d’œuvrer activement à une désescalade diplomatique, dans le respect du droit international et du principe de non-ingérence.
Le temps n’est plus aux déclarations tièdes destinées à préserver les bonnes grâces d’un prétendu “allié” qui nous traite désormais en ennemi. Défendre aujourd’hui le droit international au Venezuela, c’est défendre les conditions mêmes de la paix, de la souveraineté et de la sécurité collective pour tous les peuples. La Belgique n’a rien à gagner et tout à perdre dans un monde débarrassé de toutes entraves à la seule loi du plus fort.
Premiers signataires : INTAL, Vrede vzw, CNAPD