
Pour essayer d’y voir plus clair, nous nous sommes penchés sur les trois formations considérées comme de « (centre-)gauche »disposant d’élus aux différents niveaux de pouvoir agissant dans l’espace belge francophone : PS, PTB et Ecolo. De la même manière, nous avons étudié les positions des deux principales organisations syndicales, la CSC et la FGTB.
Du côté du Parti socialiste, son programme pour les élections du 9 juin 2024 consacre plusieurs pages à la question[1]. Si le programme évoque les questions sociales et éthiques soulevées par l’IA, il appelle surtout à des investissements massifs dans le secteur, à l’adoption accélérée de cette technologie en région wallonne, et à soutenir les entreprises « directement concerné(e)s par le développement de l’IA », … Un programme plutôt favorable, qui prône toutefois de développer des programmes de reconversion en vue de la précarisation de certains emplois…
Au PTB, le programme en matière de numérique est assez évasif quant à la question de l’intelligence artificielle[2]. Le parti marxiste se concentre surtout sur les moyens de défense des travailleurs face à l’introduction de nouvelles technologies, au contrôle des données, …mais semble se poser peu de questions face aux questions soulevées par l’IA. Un article rédigé par Ben Van Duppen, un des membres du service d’études, dans Lava, qui est la revue théorique du parti[3], se penche sur l’initiative chinoise Deepseek. Là encore, le ton est très enthousiaste pour la technologie, sans jamais faire référence à l’utilité ou non de développer l’IA, ses conséquences sociales et environnementales, …
Chez Ecolo [4], si les dimensions éthiques, notamment en matière de surveillance de la population, sont évoquées, la volonté de développer le secteur est encore bien présente. Même si les aspects négatifs sur le plan environnemental des technologies numériques ne sont pas occultés…
Sur le plan syndical, tant à la CSC qu’à la FGTB, là encore, l’attitude semble à l’inévitabilité de l’introduction des nouvelles technologies, IA comprise. Le seul objectif est dès lors de contrôler l’introduction de ces technologies, en demandant d’élargir les protections et droits de regard des travailleurs (comme la CCT 39), et de veiller à des compensations en matière de formation, etc..[5]
Comme on peut le constater, ce qui transparait de ce rapide survol, c’est une certaine acceptation, sinon résignation, face à l’introduction d’une nouvelle technologie aux impacts multiples. Parfois, on semble même déceler des élans enthousiastes, quasi technophiles. Globalement, les gauches belges semblent s’inscrire dans la conception voulant que le progrès technologique est linéaire et inéluctable, et que toute remise en question équivaut à une vision rétrograde. Mais est-ce le seul chemin empruntable pour celles et ceux qui veulent plus d’égalité et d’émancipation ?
A suivre
François D’Agostino
[1] Programme du Parti socialiste pour les élections du 9 juin 2024, p.477-480.
[2] https://www.ptb.be/programme/numerisation, consulté le 30/06/2025.
[3] https://lavamedia.be/fr/lapparition-de-deepseek-fait-vaciller-la-big-tech/, consulté le 25/06/2025.
[4] https://ecolo.be/programme-2024/une-societe-plus-emancipatrice/23-un-monde-numerique-ethique-inclusif-et-sobre/, consulté le 28/06/2025.
[5] Voir, e.a., https://www.lacsc.be/csc-militant/themes/nouvelles-technologies/csc-journee-detude-IA?t=1751882572158, https://www.accg.be/fr/actualite/20241019-les-travailleurs-doivent-etre-au-coeur-de-la-transition, https://fgtb.be/echo-fgtb-4-2023, consulté le 28/06/2025