La gauche belge francophone a-t-elle une position face à l’ « Intelligence Artificielle » ?

«  Les humains avaient mis dans ces machines de quoi usurper notre sens du beau, notre indispensable individualité qui est à la base de nos jugements vivants. Naturellement, les machines ont été détruites » [1]

Depuis quelques temps, on voit proliférer sur les réseaux sociaux des petites vidéos, des « visuels », etc. créés à l’aide d’» Intelligences artificielles » accessibles au grand public, comme celles proposées par Open AI. Faux comptes, sites humoristiques, annonceurs publicitaires, même des gens sans compétences particulières pour l’informatique s’y mettent. Il suffit de voir la folie qui s’est emparée des réseaux sociaux pour ces visuels inspirés du travail des studios Ghibli [2]. Ce qui est plus étonnant, toutefois, c’est que même des groupes plutôt critiques du monde tel qu’il va semblent s’y mettre : syndicats, partis de gauche, même des associations comme OXFAM[3] s’y mettent. Ce qui pose question : » Pourquoi cet attrait pour une technologie dont les multiples dangers qu’elle pose sont bien connus, chez celles et ceux qui d’habitude sont prompts à critiquer la modernité capitaliste ? »

L’IA, c’est quoi ?

Sans rentrer dans des détails techniques qui dépassent nos compétences, il nous semble primordial de revenir brièvement sur la notion d’« Intelligence artificielle » (IA) avant d’aborder la suite de notre analyse.

Selon le Larousse, l’IA est l’ « ensemble de théories et de techniques mises en œuvre en vue de réaliser des machines capables de simuler l’intelligence humaine. »[4]. La Commission européenne parle quant à elle de tout outil capable « reproduire des comportements liés aux humains, tels que le raisonnement, la planification et la créativité »[5]. En substance, là où, dans l’informatique « traditionnelle », on donne une série d’instructions à la machine qui lui disent comment exécuter une tâche donnée, les IA se basent sur la notion d’ « apprentissage automatique »[6] qui va les pousser à apprendre par elles-mêmes comment réaliser ces tâches. Pour cela, elles doivent disposer d’accès à une série de données (images, textes, etc.), qui vont leur permettre d’affiner au fur et à mesure, la précision d’exécution dans ces tâches.

C’est d’ailleurs un des premiers problèmes que soulève l’existence des IA : la collecte et le stockage de données. Consommation d’énergie, violation de la propriété intellectuelle et de la vie privée[7], autant de périls assez évidents.

Il y a évidemment d’autres risques, comme le déclassement de certaines tâches (on peut penser à la traduction, par exemple), qui risquent de mettre sur le carreau de nombreux travailleurs, à mesure de la diversification des tâches en mesure d’être accomplies par les IA…

Plus inquiétant encore, on semble observer un affaiblissement rapide des capacités cognitives chez des usagers réguliers des IA[8]

Conséquences environnementales, sociales, sanitaires : autant de raisons qui devraient pousser les gauches politiques, syndicales et associatives à, au minimum, refuser de se servir elles-mêmes en l’état l’introduction massive de l’IA et d’en faire la promotion. Et pourtant…

François D’Agostino

A suivre


[1] Frank Herbert, Dune, traduction de Michel Demuth, éditions Pocket, pages 398-399.

[2] https://www.rtbf.be/article/chatgpt-capable-de-generer-des-images-inspirees-du-studio-ghibli-sans-accord-de-licence-11524429, consulté le 30/06/2025.

[3] https://oxfambelgique.be/taxerlesriches

[4] https://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/intelligence_artificielle/187257, consulté le 30/06/2025.

[5] https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/fr/intelligence-artificielle-de-quoi-parle-t-91190 consulté le 30/06/2025.

[6] https://fr.wikipedia.org/wiki/Intelligence_artificielle , consulté le 30/06/2025.

[7] Voir, e.a, https://reporterre.net/L-insoutenable-cout-ecologique-du-boom-de-l-IA, consulté le 30/06/2025.

[8] https://time.com/7295195/ai-chatgpt-google-learning-school/

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