
« Nous avons été arrêtés vers onze heures. L’interrogatoire a duré jusque quatre, cinq heures. Ils voulaient savoir le nom de certains maquisards qui avaient tué des officiers allemands sur la route Marche-Bastogne en septembre. Les hommes qui nous interrogeaient faisaient partie d’une troupe spéciale. Ils n’avaient rien à voir avec la Wehrmacht et les SS. Ils parlaient couramment le français. Il y avait semble-t-il un Suisse, des Français et des Belges. Vers cinq heures, ils ont groupé les plus jeunes, renvoyé les plus vieux. Ils nous ont enlevé tout ce que nous possédions, montres, cartes d’identité, papiers… Cela devenait grave. »
« On nous a rangés sur trois rangs, les mains en l’air. Alors ils ont commencé à tuer les prisonniers un par un. Un soldat conduisait le premier homme vers la cave… On entendait le coup de revolver… C’était toujours le même soldat qui conduisait vers la cave, il y en avait donc un autre qui tuait dans la maison. On entendait crier. J’ai essayé au début d’exciter mes compagnons pour se sauver, pour provoquer une espèce de débandade, mais ils n’ont pas répondu. Ils étaient déjà plus morts que vifs, il n’y a pas eu de réaction. J’étais le quinzième, je savais que j’allais faire quelque chose mais je ne savais pas encore quoi. Arrivé deux mètres avant l’entrée de la maison, j’ai frappé l’Allemand au visage. J’avais les mains en l’air, il m’a donc été facile de le frapper sur le nez. Il est tombé et j’ai commencé à courir le plus vite possible le long de la route. J’ai aperçu deux officiers habillés en noir, ce qui m’a obligé de traverser la route. Là, j’ai sauté une barrière, et c’est à ce moment-là que les Allemands ont tiré sur moi. Mais j’étais déjà dans les champs, j’étais pratiquement sauvé. J’étais alors déjà un peu plus calme. J’ai d’abord pensé traverser les lignes. J’ai essayé toute la nuit mais il y avait tellement d’Allemands dans tous les coins que j’ai dû rebrousser chemin vers le village. Le matin se levait quand je suis entré dans la maison de mon oncle où j’ai été me mettre au fenil, bien caché dans un coin. J’y suis resté jusqu’au 10 janvier, jusqu’au départ des Allemands. Le 11 janvier les Anglais arrivaient. Je leur ai signalé ce qui s’était passé et avec mon oncle qui était bourgmestre, nous avons découvert les 34 cadavres. »
Léon Praile, unique survivant, signera les 34 actes de décès].
Le père Musty
Jean-Baptiste Musty (1912-1992) qui deviendra plus tard évêque auxiliaire est alors enseignant au petit séminaire de Bastogne. En décembre 1944, la plupart des élèves ont déjà quitté le séminaire, ceux restants sont répartis en trois groupes. Le père Musty se voit confier la garde de l’un d’eux composé de huit élèves en vue de trouver refuge plus à l’intérieur du pays. Le groupe se met en route via Marloie. Ils arrivent exténués à Bande quelques jours avant le drame. Le père Musty ayant reçu un accueil chaleureux et les jeunes étant harassés, il décide d’y séjourner le lendemain, et également le surlendemain. Les Américains interdisent tout mouvement de civils et les Allemands arrivent à Bande le 22 décembre. L’abbé Musty est informé le 24 décembre au matin de l’arrestation de 4 de ses élèves. Parlant allemand, il interpelle un officier, s’explique, le convainc du bien-fondé de sa démarche et est autorisé à se rendre à la scierie où ils sont détenus. L’accueil y est glacial et l’abbé, intercédant pour ses protégés, est prestement éconduit, l’officier lui pointe un revolver sur la poitrine et lui tance : « Toi, le corbeau noir, fiche le camp »[8]. Quatre élèves du petit séminaire de Bastogne trouvent ainsi la mort dans le massacre de Bande.

La seconde libération de Bande
Les Allemands en pleine débâcle quittent Bande le 10 janvier 1945. Le lendemain, une patrouille commandée par le Lieutenant Charles Radino composée de paras belges du SAS arrive à Bande. Ils sont rejoints par le 9th Parachute Battalion de la 6th Airborne Division. Aussitôt informés par Léon Praile, le bourgmestre et l’abbé Musty, ils se rendent sur place où ils découvrent dissimulés par plusieurs épaisseurs de poutres calcinées, les corps gelés des 34 victimes. « Why? » s’écrie le commandant du 9e bataillon de parachutistes. Il déclare au père Musty : « M. L’Abbé, je vais obliger tous mes soldats à passer devant ces 34 cadavres. Je veux qu’ils se rendent compte que c’est vrai. Cela va paraître dans la presse américaine, les gens vont hausser les épaules et dire que c’est de la propagande, qu’il n’est pas possible que pareille chose arrive. Je veux qu’ils viennent voir que tout cela s’est bien passé ».
Des funérailles collectives sont organisées le 18 janvier 1945.
Mémorial aux fusillés de la Noël 1944
Le 6 juin 1948 est inauguré un monument commémoratif à l’emplacement de la cave des fusillés où les 34 civils furent exécutés. Y figure une sculpture de Victor Demanet représentant un civil agenouillé attendant son exécution. La cave des fusillés a été préservée et reste accessible. Elle comporte un monument où figure des portraits des 34 victimes ainsi que leur nom.
Jugement
Le seul auteur des faits à avoir pu être identifié et jugé est le Suisse Ernst Haldiman. Arrêté près de Bâle, il fut jugé par un tribunal suisse en 1948 et condamné à 20 années de réclusion. Il fut libéré sur parole en 1960. Le massacre est évoqué par Léon van der Essen, professeur de l’Université catholique de Louvain et membre de la Commission des Crimes de Guerre, dans son témoignage donné le 4 février 1946 au cours du procès de Nuremberg.
Extrait de Wikipédia