Prologue d’une nuit tragique.

<Par un soir de juin, le soleil vient de se coucher et la nuit tombe rapidement. L’air est saturé de cette odeur du foin qui vient d’être séché et de l’herbe fanée qui vient d’être rentrée dans les granges pour l’affourragement du bétail. Çà et là, on entend le caquètement des poules qui cherchent une place sur le perchoir, le bruit des chaînes dans les étables. Les chiens aboient quand passent des piétons attardés. C’est un aboiement plutôt amical. De temps en temps, les portes claquent, la vaisselle tinte. Le village est noyé dans les ténèbres, la vie a déménagé dans les cuisines et les chambres à coucher.

Les enfants vont se coucher. Les édredons qui sont restés toute la journée au soleil sont pleins de cette bonne odeur printanière. ! Quel plaisir d’être au lit ! Surtout maintenant, alors que la fin de l’année scolaire approche. C’est justement aujourd’hui que nous avons pu acheter la photo de notre classe. J’ai encore une drôle de tête sur cette photo ! Il faut que je me dépêche de la regarder encore une fois avant que maman ne vienne éteindre la lumière, enlever le camouflage (c’est la guerre) et ouvrir la fenêtre.  Notre maître, monsieur Petrie est assis parmi nous, il a un maintien digne, il se tient bien droit et il sourit. D’ailleurs, nous avons tous, presque tous le sourire :  Vosek Moravec, Mila Petrak, Maruska Pitinova, Jorda Kobera, Marenka Hockova. C’est parce que notre maître nous a dit, en gardant tout son sérieux, qu’un petit oiseau allait sortir de l’appareil photographie et prendre son vol.

Dans vingt jours à peine, nous serons en vacances. Papa prendra également son congé. Nous ne penserons plus à la guerre et nous irons plusieurs fois cueillir des champignons dans les bois, il me l’a promis. Lorsque maman sera gentille, alors elle pourra peut-être venir avec nous. Papa me disait toujours cela en clignant de l’œil dans ma direction.

Demain, nous serons le 10 juin. Encore quelques nuits à passer…

Lidice, petit village de La Bohême centrale, et situé à 20 km à l’ouest de Prague et à 8 kilomètres au sud de Kladno. Le 9 juin 1942, les habitants aller se coucher. Personne ne se doutait du fait que le temps égrenait inexorablement pour la plupart d’entre eux, les dernières minutes de leur destinée.

Ce soir-là, immédiatement après 21h, tous les principaux responsables du drame qui allait éclater s’étaient rassemblés dans un hangar en plein champ, au nord de Lidice… Il y avait là le chef de la Gestapo, Harald Wiesmann et son adjoint permanent Thomas Thomsen, le secrétaire de la Gestapo pour les affaires criminelles, Walter Forster et plusieurs autres encore Horst Böhme, le chef de la Gestapo à Prague et les membres d’une commission spéciale qu’il dirigeait arrivèrent les derniers. De nombreux officiers des services de sécurité et de l’armée nazie étaient également présents.

Le nœud formé autour de Lidice par une compagnie de la police nazie commençait à se resserrer petit à petit. Son chef, le commandant Marwelder avait reçu l’ordre d’encercler hermétiquement le village avant 22h. Toutes les personnes qui désiraient rentrer à Lidice pouvaient passer mais personne ne pouvait quitter le village.

À 22h, en pleine nuit, des autos quittèrent le hangar pour s’arrêter près des premières maisons de Lidice. Böhme avait choisi la plus grande de ces maisons, fit évacuer immédiatement toutes les personnes qui y habitaient et s’y installa avec tout son état-major.

Peu de temps après, le maire de la commune y fut convoqué et dut apporter tous les documents écrits s de la mairie. Les négociations avec le maire se terminèrent après minuit. Les policiers de la Gestapo avaient appris tout ce qu’ils désiraient savoir sur ce village. Des soldats de l’armée nazie vinrent se joindre aux membres des services de sécurité et à la police.

Ivan Ciganek

Copié du livre Lidice (Tchéquie)

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