
Malgré la série de scandales qui l’a récemment ébranlé, le parti d’extrême droite allemand Alternative pour l’Allemagne (AfD) est parvenu à obtenir le meilleur résultat de son histoire au niveau national lors des élections européennes de dimanche (9 juin). L’AfD a dépassé le Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD) du chancelier Olaf Scholz.
Avec 15,9 % des voix (15 des 96 sièges allemands au Parlement européen), l’AfD est en deuxième position, juste derrière le parti de centre-droit CDU/CSU (Parti populaire européen, PPE) et ses 30 % (29 eurodéputés), enregistrant ainsi le meilleur résultat national de son histoire. Le parti d’extrême droite devance ainsi les partis gouvernementaux de centre-gauche, à savoir le SPD (13,9 % et 14 eurodéputés), les Verts (Die Grünen, 11,9 % et 12 eurodéputés) et le Parti libéral-démocrate (FDP, 5,2 % et 5 eurodéputés).
L’AfD a réussi à devenir la première force politique de l’ex-Allemagne de l’Est et est arrivée en tête, aux côtés de la CDU/CSU, auprès des jeunes électeurs âgés de 16 à 24 ans.
Ce résultat a secoué les partis centristes en Allemagne, où l’extrême droite reste ostracisée en raison du passé fasciste du pays.
Christian Petry, porte-parole de la politique européenne du SPD pour les Affaires européennes, a qualifié ce résultat de « choquant ».
« Le centre du pays doit en effet être inquiet », a-t-il confié à Euractiv.
L’AfD a même dépassé les prévisions des derniers sondages avant les élections, qui le plaçaient à 14 %. Néanmoins, le résultat est inférieur au record historique de 20 % que le parti avait atteint au début de l’année avant d’être frappé par une série de scandales impliquant notamment Maximilian Krah et Petr Bystron, accusés de trafic d’influence au profit de la Russie et de la Chine.
Selon M. Petry, cela montre que les structures d’extrême droite s’enracinent. Pour Anton Hofreiter, député des Verts, partenaires de coalition du SPD, cette situation peut être attribuée aux crises qui touchent le monde.
« Un niveau élevé d’insécurité dû à des crises multiples conduit souvent à un renforcement des tendances autocratiques », a-t-il déploré.
La codirigeante de l’AfD, Alice Weidel, a déclaré que le parti avait bénéficié du fait que les Allemands étaient devenus beaucoup plus eurosceptiques, même si l’Allemagne reste l’un des États membres les plus pro-européens.
Les plus grands États membres à la tête du virage à l’extrême droite
L’AfD, qui devrait obtenir 16 sièges au Parlement européen, est aussi le principal moteur d’un glissement à l’extrême droite généralisé en Europe.
Les groupes des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) et Identité et Démocratie (ID), ainsi que l’AfD allemande et le Fidesz hongrois en tant que partis non affiliés, devaient obtenir environ un quart des sièges au sein du nouvel hémicycle européen. Près de 50 % de ces sièges provenaient des partis des plus grands États membres, à savoir la France, l’Italie et l’Allemagne.
En France, le Rassemblement national (RN, ID) a remporté une victoire écrasante lors du scrutin européen, ce qui a conduit le président Emmanuel Macron à dissoudre l’Assemblée nationale afin de convoquer des élections législatives anticipées. En Italie, le parti au pouvoir, Fratelli d’Italia (CRE), est arrivé en tête.
Malgré cela, il n’était pas certain que les deux têtes de liste de l’AfD assument un mandat à Bruxelles, compte tenu de leur implication dans des scandales qui ont marqué la campagne du parti.
Alice Weidel a déclaré dimanche soir que c’était « à la délégation de décider ».
L’Alliance Sahra Wagenknecht (BSW), un nouveau parti conservateur de gauche fondé par la dissidente de Die Linke Sahra Wagenknecht, obtiendra quant à lui 6 sièges grâce à son score de 5,70 %.
Le parti n’appartient pour l’heure à aucun groupe au Parlement européen, mais sa fondatrice avait déjà laissé entendre qu’elle souhaitait fonder un nouveau groupe au sein de l’hémicycle. Selon les règles internes du l’institution, tout nouveau groupe doit être composé d’au moins 23 eurodéputés issus d’au moins 7 États membres.
Taux de participation
Cette année encore, le taux de participation des Allemands aux élections européennes dépasse la barre des 60 %, avec 64,78 % de participation.
Par : Nick Alipour | EURACTIV | translated by