Histoire d’un militant communiste de Marcinelle (suite 6).

Les campagnes électorales

Dans notre dernière publication, Roger nous racontait ses aventures lors des actions de  chaulage

… Quand Armand Bulpa se proposait d’aller chauler, on craignait un coup de brosse car il n’était pas fort regardant sur l’orthographe. Il écrivait par exemple : « Plut de guère nous voulont la paix ». Cela faisait bondir Nestor Giot qui avait peur du ridicule.

Quand nous allions coller des affiches, il survenait d’autres problèmes. Lors des veillées d’élections, nous collions toujours là où il y avait de la place. Cela était certes interdit mais nous n’avions pas le choix. Il n’y avait pas de panneaux électoraux et les socialistes qui étaient mieux fournis que nous en véhicules et en matériel, ne nous laissaient pas beaucoup de place pour coller nos affiches.

Les nuits de veillée se passaient dans l’atelier de Nestor autour d’un bon feu allumé dans un poêle colonne, un verre de vodka à la main. Toutes les demi-heures, nous effectuions une tournée , question de voir si nos affiches étaient toujours en lace. Pour détourner l’attention des socialistes, nous allumâmes un feu avec des papiers et des cartons en haut de l’avenue Mascaux. Pendant que nos adversaires venaient voir ce qui se passait, nous opérions en douce dans le Centre puis dans le bas de cette même avenue.

Lors d’une autre équipée, nous allâmes coller des affiches au quartier des Hauchies. Après un certain temps, la colle (on l’appelait la pâpe) s’épaississait. Qu’à cela ne tienne, Nestor proposa que chacun urine dans le seau pour continuer le collage. La « pâpe » continua toutefois à s’épaissir. Comme nous arrivions près de la maison du grand Nestor, nous sonnâmes à la porte. Son épouse Louise, dite Kèwise, vint ouvrir et proposa de remplir le seau de colle. Elle y jeta un fond de poudre Remy, un peu d’eau et touilla le tout de sa main, mélangeant ainsi l’eau, la poudre et l’urine. Tout le monde riait. Elle se demanda qu’elle fût la cause du fou-rire général.

La JPB participait ainsi aux activités du parti. Les deux Nestor nous sollicitaient souvent Mais nous avions nos activités propres. Nous organisions des camps de vacances pour les jeunes, des voyages dans les pays de l’Est, notamment en URSS, en Pologne et surtout en République démocratique Allemande. En août 1952 eut lieu le 3 -ème Festival Mondial de la Jeunesse à Berlin ? Pour pouvoir y amener deux jeunes Marcinellois, nous entreprîmes un grand ramassage de mitrailles dans la localité. Henry Blaimont, le boucher, nous avait prêté sa camionnette à cette fin et les vieux fers étaient entreposés dans l’atelier de Nestor.

Le récit que nous firent les deux délégués sur le festival et la vie en Allemagne de l’Est enthousiasma d’autres jeunes et moins jeunes. Plusieurs d’entre nous s’inscrivirent à l’école industrielle, section des langues, pour apprendre l’allemand car chacun voulait se rendre dans ce pays. Nous créâmes même dans notre commune, un comité des Amitiés Belgique-RDA sous les instructions de la camarade Christiane Braet de Bruges. A cette occasion, elle nous remit un grand drapeau de ce pays.

Un jour, il y eut un meeting pour la Paix à la maison du peuple de Gilly avec comme orateur principal , Raoul Baligand. Nous nous sommes rendus à ce meeting avec le drapeau de la RDA. Nous avons été  expulsés par les socialistes. Par la suite, nous pûmes de nouveau rentrer car Raoul avait expliqué qu’il s’agissait de l’emblème de la République démocratique. Il y avait eu confusion car les couleurs de ce drapeau sont les mêmes que les nôtres mais inversées. Or , les statuts du conseil d’Administration de la Maison du Peuple de Gilly stipulaient que l’entrée du drapeau belge dans leurs locaux était interdite . Toutefois, le drapeau de la République française était le seul, toléré . Était-il plus démocratique que le nôtre ?

Nous fûmes donc admis de nouveau mais avec le drapeau replié. Ce drapeau de la RDA se trouve maintenant à Dampremy. En Allemagne, on nous demanda s’il était possible d’organiser un jumelage avec notre commune. J’ai donné l’adresse de Lucien Harmegnies, le bourgmestre de Marcinelle. Celui-ci a répondu et accepté. C’est ainsi que Marcinelle fut jumelée avec Zwickau en RDA. Jusqu’à la chute du mur, Marcel Baugniet fut le délégué de notre section comme participant au comité de jumelage .

Roger Nicolas

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