Les catastrophes de la mine

Les diverses catastrophes médiatiques relatives à la catastrophe du Bois du Cazier ont, presque unanimement, fait le silence sur la responsabilité du monde capitaliste dans cette tragédie : 263 morts. Des familles entières dans le deuil et la gêne, une quantité de drames familiaux causés par la disparition du père ont pour origine un manque de précautions. Manque de précautions dans la disposition, sans protection de kilomètres de câbles électriques à haute tension dans les puits, présence côte à côte de ces câbles et de la conduite d’huile sous pression, guidonnages en bois imbibés d’huile et de graisse, couverts de poussière de charbon. Tout cela, ne demandait qu’à s’enflammer, portes de sécurité en bois et d’étanchéité douteuse, mauvais système de communication entre les galeries d’envoyage et la surface …

Toutes ces fautes reprochées aux gérants du charbonnage, aux ingénieurs responsables de la sécurité lors du procès en responsabilité étaient en réalité, le résultat de la politique de rentabilité à tout prix, soutenue à coups de centaines de millions de francs par des subventions obtenues de gouvernements faibles et divisés. Les patrons charbonniers dont on sait aujourd’hui qu’ils investissaient déjà dans des activités autrement prometteuses, par exemple, l’électricité nucléaire.

Si l’accident qui a mis le feu au Bois du Cazier est le résultat d’un ensemble de hasards qui ne pouvaient se présenter qu’une seule fois dans l’histoire industrielle, il ne se serait cependant pas produit si toutes les conditions de sécurité n’avaient pas été réuniies pour qu’une catastrophe majeure se produise. (voir à ce sujet le livre de Jean  Van Lierde « Six mois dans l’enfer d’une mine belge »).

La situation était pareille dans les autres mines wallonnes que dans les mines campinoises pourtant plus modernes. Les conséquences en étaient l’épuisement des ouvriers et par là même, la cause d’accidents en chaîne.

Entre 1945 et 1955, plus d’un millier de mineurs ont perdu la vie dans des accidents du travail. De 1945 à 1951, 1895 hommes ont été tués soit 158 morts par an. Chaque extraction de 200 000 tonnes de charbon coûtant la vie à un ouvrier. Les mineurs belges renâclaient de plus en plus à risquer leur peau dans un travail aussi dangereux. Même s’ils n’étaient pas victimes d’un accident mortel, ils avaient de fortes chances d’attraper la silicose qui bétonnait leurs poumons. Des dizaines de milliers de mineurs souffraient aussi des suites d’accidents « guéris », ils restaient handicapés à vie.

Pendant longtemps, les Flamands poussés par la faim et la ruine des industries linières, vinrent arracher le charbon des mines wallonnes. Mais en 1944, devant l’urgence de remettre en route une industrie grande dévoreuse d’énergie, la main-d’œuvre flamande se faisait rare, elle aussi. On força les prisonniers de guerre allemands à descendre au fond. 65 000 hommes y furent ainsi employés pendant deux ans et même plus. C’était un juste retour des choses mais, une fois encore, combien d’innocents ne payèrent-ils pas pour les coupables ? leurs officiers, eux, protégés par la convention de La Haye, ne pouvaient être mis au travail.

Quand il devint évident que même les prisonniers de guerre allaient devoir être libérés, il fallut trouver une autre source de main-d’œuvre. Ce fut l’arrivée des Italiens, poussés dans le dos par leurs gouvernements dominés par la Démocratie Chrétienne très liée aux patrons charbonniers belges. La désillusion des Italiens fut grande en arrivant dans nos tristes corons. Eux qui, croyant aux promesses de recruteurs, pensaient gagner rapidement, par un travail dont ils se faisaient une vague idée, l’argent nécessaire pour acheter ou mieux encore faire construire la « casa » de leurs rêves sur leur lopin de terre.

Ils furent contraints de vivre dans des conditions abominables. Ils furent, en effet, souvent logés d’abord dans des baraquements laissés vides par le départ des prisonniers allemands ou abritant des soldats américains. Ceux du camp n° XII avaient été construits en bois et en carton bitumé par les Allemands pour y loger les prisonniers russes, esclaves commodes pour l’exploitation des minières belges. En 1944, les prisonniers allemands avaient donc occupé leurs propres baraquements. Le camp du Sart-Saint-Nicolas, lui, avait été édifié par les libérateurs au moyen de ces huttes « Quonset » amenées dans les flancs des Liberty Ships pour servir de magasins aux fournitures de l’armée U.S.

L’unité d’intendance su Sart-Saint-Nicolas dépendait d’une unité du génie et les huttes « Quonset » s’étaient remplies de matériel de transmission et de rouleaux de câbles.

En avril 1945, les G.I.s étaient partis probablement vers l’Allemagne. Bons garçons, ils avaient laissé leurs constructions en tôle posées sur une surface bétonnée. Longues d’une douzaine de mètres, elles avaient la forme demi-cylindrique de 2 m 80 de rayon (et donc de haut). Aucune isolation ne protégeait les parois de tôle. Les deux façades étaient obturées de briques. On y avait laissé la place d’une porte et de deux fenêtres haut perchées et grillagées. A l’arrière, une seule fenêtre donnait sur le versant du terril proche du Cazier sur lequel, régulièrement, on déversait des wagonnets de pierres provenant de l’exploitation de la mine. Ces déversements lançaient des éclats dans toutes les directions et un nuage de poussière. Le manque d’isolation faisait que la baraque se transformait en four durant les beaux jours et en glacière pour les jours de bise et d’humidité. Ces demi-cylindres constituaient une seule pièce. Lorsque les familles y furent logées, elles devaient se contenter de ce relatif confort et d’une intimité nulle.

Ce texte fut rédigé par notre camarade Roger Nicolas

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