Les cryptomonnaie pourraient menacer la stabilité financière globale

Un rapport du Conseil international de stabilité financière publié récemment ne ménage pas le secteur des cryptoactifs et en appelle à une plus étroite supervision.

L’étude du Financial Stability Board (FSB) souligne que les cryptoactifs ont évolué de manière rapide et pourraient atteindre un seuil où ils représentent un risque pour la stabilité financière globale, ceci en raison de leur étendue, de leurs vulnérabilités structurelles et de leur interconnexion croissante avec le système financier traditionnel. Le Financial Stability Board est un organisme international créé dans le cadre du G20 après la crise de 2008 afin de mieux superviser le système financier mondial. En 2018, lors d’une première évaluation, le FSB avait souligné que le secteur des cryptos ne posait pas de réel risque matériel pour la stabilité financière. Mais les choses ont évolué, selon cet organisme présidé par Klaas Knot, le gouverneur de la banque centrale des Pays-Bas.

En 2021, la capitalisation totale du marché des cryptos a été multipliée par 3,5 pour atteindre 2.600 milliards de dollars. Ce n’est encore qu’une petite portion du total des actifs financiers mondiaux, mais l’étude souligne que de plus en plus de banques et d’institutions financières s’intéressent à ces cryptoactifs. Si leur engagement sur ce type d’actifs devait augmenter, cela pourrait affecter leur bilan et leur liquidité de manière inattendue, avertit le FSB. Ce dernier dresse même le parallèle avec 2008 et la crise des subprimes, où une faible exposition annoncée ne signifiait pas nécessairement un risque limité, en particulier lorsqu’il existe un manque de transparence et une supervision financière insuffisante.

Le FSB souligne que nombreux sont les investisseurs à ne pas percevoir correctement les risques associés avec des investissements en cryptoactifs.

L’an dernier, les cryptoactifs sont devenus plus “mainstream” avec le lancement à Wall Street du premier exchange-traded fund (ETF), un fonds d’investissement coté, lié au bitcoin. Le ProShares Bitcoin Strategy ETF investit dans des contrats à terme (« futures ») sur le bitcoin sur le Chicago Mercantile Exchange. Mais le FSB souligne que nombreux sont les investisseurs à ne pas percevoir correctement les risques associés avec des investissements en cryptoactifs. Ces investissements peuvent parfois cesser d’exister. Des 16.000 cryptoactifs qui ont été côtés, il n’en reste plus que 9.000 aujourd’hui, souligne l’étude.

Comme l’avait déjà pointé le FMI, lors de périodes de stress sur les marchés, les cryptoactifs peuvent chuter en même temps que les autres actifs risqués, comme les actions. Dans la mesure où des investisseurs détiennent à la fois des cryptos et des actions, cela peut donc amplifier les phases de correction boursière.

Le FSB épingle aussi la « finance décentralisée » (DeFI ou Decentralised Finance) qui fournit des services libellés notamment en « stablecoins ». Ces stablecoins, contrairement au bitcoin, sont liés à d’autres monnaies, comme le dollar par exemple. En guise de réserves, les émetteurs de stablecoins détiennent des instruments de dette à court terme, comme des bons du Trésor. Si un “stablecoin” majeur devait connaître des problèmes, cela pourrait engendrer des ventes forcées de ces titres, provoquant des turbulences sur les marchés financiers.

Le rapport souligne encore l’impact environnemental de ces actifs, tout comme leur utilisation dans le contexte d’opérations de blanchiment d’argent, d’extorsion de fonds et de cybercriminalité.

Pour rappel, les autorités de supervision évitent de parler de « cryptomonnaie » et préfèrent le terme « cryptoactif » pour éviter toute confusion avec les monnaies officielles émises par les banques centrales. Le bitcoin, la principale crypto, s’était approché de 70.000 dollars en novembre dernier avant de chuter à 35.000 dollars. Il s’échange aujourd’hui à environ 44.000 dollars.

Extrait de l’Echo

Marc Lambrechts

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