L’armée belge des partisans armés (suite LXXXIV)

L’intendance militaire de Bressoux.

La Chartreuse, ancienne caserne de Bressoux

Certains groupes de P.A. très mal équipés cherchaient les armes nécessaires pour affronter ouvertement l’ennemi.

Le jeudi, aux environs de Bressoux, une dizaine d’hommes guidés par le commandant A … attendaient, embusqués le long de la route, les petits groupes d’Allemands fuyant vers Jupille.

Nos P.A. possédaient, pour tout armement une carabine, deux révolvers et deux grenades. Mais ils attendaient l’occasion de sauter sur quelques boches isolés en espérant se procurer ainsi les armes tant désirées.

Des retardataires se présentèrent bien souvent à leur portée mais ceux-là étaient déjà désarmés. Avaient-ils été délestés par d’autres P.A. ? Ne se proposaient-ils pas de se rendre ? Ne sachant qu’en faire, on les laissait passer …

Vers midi, A … apprit qu’une dizaine de boches occupaient le dépôt de l’intendance militaire à Bressoux et qu’on les croyait intentionnés d’incendier les bâtiments. Pour les patriotes, c’était peut-être l’occasion rêvée.

Les magasins en question étant situés entre la rue du Moulin et la rue de Jupille, les partisans décidèrent de s’introduire des deux côtés à la fois. Au grand ahurissement des gens du quartier, ils entrèrent dans certaines maisons et en ressortirent derrière débouchant ainsi sur le raccordement du chemin de fer desservant le vaste dépôt. De là, les P.A. regroupés brisèrent un carreau et s’infiltrèrent dans les magasins.

Le parti le plus sage était de se placer en embuscade car où chercher les Allemands dans l’immense labyrinthe ? Dissimulés derrière un tas de paille, nos hommes retenaient leur respiration quand, tout à coup, des voix gutturales et un bruit de pas les firent frissonner.

Les boches passèrent armés jusqu’aux dents … Allaient-ils quitter le dépôt ou bien se préparaient-ils à y mettre le feu ? Quoi qu’il en fût, c’était le moment de leur tomber dessus. Peut-être se rendraient-ils au premier coup de révolver comme ce fut souvent le cas.

Un claquement sec ! … Les P.A. avaient ouvert le feu. Instantanément, une pétarade bien nourrie éclata. Les boches mieux armés paraissaient décidés à ne pas se laisser faire Les partisans soutenaient faiblement l’avalanche qu’ils avaient témérairement déchaînée. Ils venaient de s’engager dans une singulière aventure. Un objet oblong tournoya un instant puis toucha terre à deux pas des P. A. Une grenade à manche ! Les hommes n’eurent que le temps de se garer derrière un petit mir : l’engin explosa !

La chance des patriotes tient du prodige. Brutalement renversés, ils en furent quittes avec une violente commotion et quelques écorchures. A … était le plus sérieusement touché : in éclat de verre lui avait tailladé le front.

L’affaire tournait mal, nos hommes jugèrent prudent de battre en retraite. Se faufilant entre les piliers, ils reculèrent pas à pas. Le tireur à la carabine s’arrêta un instant, mit genou à terre et froidement, réussit à toucher un boche à la tête. Alors, la situation changea rapidement. Désespérant de venir à bout des partisans dont ils ignoraient le nombre, les Allemands quittèrent l’endroit devenu malsain sans prendre le temps d’y mettre le feu. Les patriotes respirèrent … L’ennemi leur glissait sous le nez mais ils avaient sauvé de la destruction un riche dépôt dont ne signalerons qu’un rayon : 100 000 kilos de farine.

Les partisans s’empressèrent de mettre la main sur quelques armes abandonnées puis, sortant des magasins, ils rassurèrent les gens du voisinage que la fusillade et les explosions de grenades avaient plongés dans l’angoisse.

Et pour clôturer cette affaire, un drapeau tricolore fut hissé au faîte du dépôt d’où l’ennemi venait d’être chassé par dix partisans possédant deux révolvers, deux grenades et une carabine.

Le vendredi eut lieu la prise de la caserne de la Chartreuse où 400 Allemands dont un général s’étaient retranchés.

Un groupe de patriotes étrangers aux P.A. devaient attaquer ce nid de résistance mais les volontaires manquaient d’armes. Les partisans intervinrent alors et les autres suivirent de près, n’attendant que le moment de s’approprier des armes des vaincus pour entrer dans la danse.

Dès le débit de l’engagement, on vit arriver quelques blessés rue du champ des Manœuvres mais les coups reçus ne modéraient pas l’ardeur de nos hommes. Au contraire : si les partisans durent tout d’abord battre en retraite, ils n’en menèrent pas moins une seconde attaque, décisive, celle-là. Les Allemands se rendirent, général en tête. Un peu plus tard, un autre général fut capturé dans les environs.

Le prise de la caserne de la Chartreuse facilita grandement le passage de la Meuse. Les Américains affluèrent sur la rive droite et dans la soirée, Liège était entièrement libérée.

Il fallut alors réorganiser complètement les unités des P.A. Un bataillon opérant dans la région de Visé se trouvait en difficulté. Le samedi matin, des renforts furent envoyés dans ce secteur, cependant que les Américains marchaient vers Verviers.

Aux environs de Visé, les P.A. dégageaient le terrain, pénétraient en territoire hollandais et même en Allemagne.

Ces petits coups de mains qui, pour certains, paraîtraient négligeables, n’en contribuèrent pas moins à harceler l’ennemi, à lui causer des pertes plus oi moins sévères et surtout entraver considérablement ses manœuvres.

Prochain épisode : « Le pont de Recogne »

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