L’armée belge des partisans armés (suite LXXV)

Echange de coups
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Jean Van Brussel

Quelques jours avant le débarquement, Van Brussel, commandant du Corps 034, passait à l’Etat-Major national où il succédait à Willy Frère. Une activité inouïe se manifestait au sein de l’Armée belge des Partisans. On attendait fébrilement le grand événement. Le déclenchement de l’offensive libératrice entraînerait sans doute pour les chefs de Corps l’obligation de prendre de graves responsabilités, de faire preuve d’initiative.

Van Brussel tenait les yeux sur le Corps de Louvain dont tous les effectifs le suivraient aveuglément, il le savait.

La commandant du Corps avait été tué quelque temps auparavant et un intérimaire, homme d’audace et de caractère indomptable, tenait sa place. Le faisant fonction était de cette poignée de volontaires qui avaient juré de se faire sauter la cervelle plutôt que de tomber vivants aux mains de l’ennemi.

Le 6 juin, dans la matinée, Van Brussel mû par la plus vibrante exaltation s’empressa vers le P.C. du Corps 034.

De passage chez un camarade, il apprit la mort du commandant par intérim. Cerné par une patrouille de feldgendarmes, l’homme s’était battu désespérément causant à l’ennemi des pertes sérieuses. Mais se voyant perdu, il s’était réservé sa dernière balle … Le partisan avait tenu parole.

Bouleversé, van Brussel s’en alla, impatient de venger son ami. Un peu plus tard, il devait apprendre qu’un commandant de bataillon avait été tué par un tireur monté sur un char.

Après la mort du commandant de Corps, le commandant national avait ordonné la réduction des effectifs. C’est que les possibilités matérielles étaient loin d’être en rapport avec l’afflux de volontaires. On sait ce que l’armée régulière exigeait pour un soldat combattant : la présence à l’arrière d’au moins dix autres hommes : magasiniers, infirmiers, travailleurs de toutes sortes. Il en était de même pour l’armée clandestine. Pour un groupe d’illégaux armés, s’adonnant au sabotage, combien fallait-il d’auxiliaires s’occupant de fausses cartes d’identité et de travail de logements, de renseignements, d’approvisionnement, …

Que dirait-on d’une armée innombrable ne disposant que de faibles dépôts et dont la production industrielle serait réduite à cause de la mobilisation ? Eh bien, dans la résistance, il ne suffisait pas d’inscrire des milliers et des milliers de soldats sous des noms d’emprunt ou sous des numéros d’ordre. En procédant de la sorte, on aurait pu créer des listes interminables mais c’eût été de la résistance patriotique.

Dans certaines parties du pays, les possibilités étaient beaucoup plus grandes d’entretenir une armée clandestine mais dans la région de Louvain, son développement avait atteint et même dépassé la limite. C’est pourquoi le Haut-Commandement s’était vu dans l’obligation de dissoudre quelques compagnies.

Le commandant L … roulait vers Wespelaer. Il atteignit le bois de Spoelberg où une compagnie à effectifs réduits et ne disposant que d’un faible armement attendait les ordres.

Avec le commandant G …, L … passa immédiatement en revue les objectifs auxquels le groupe pourrait s’attaquer efficacement : rails, lignes téléphoniques, … Vivement émus, les hommes se préparèrent à l’action.

L … fit part de son intention de revenir vérifier les premiers résultats puis il continua sa randonnée vers d’autres compagnies aussi impatientes d’agir.

Dans l’après-midi, alors qu’il pédalait aux environs de Haecht, le partisan s’abandonna à la pensée des deux camarades dont il venait d’apprendre la fin tragique et l’idée de venger ces morts se faisait plus aiguë dans son esprit.

Tout à coup, il aperçut, droit devant lui, un soldat qui rejoignait à vélo un quelconque poste d’observation établi dans la région. Une carabine ballotait sur la poitrine de l’Allemand et le canon d’une mitraillette émergeait d’une besace qu’il portait au côté.

L … se remémora la pénurie d’armes dont souffraient les partisans. L’occasion s’offrait à lui de s’emparer de deux belles pièces et d’assouvir en même temps sa vengeance. De plus, l’exemple serait un fameux stimulant pour les hommes désireux de s’armer à bon compte.

Rien en vue, la route était libre. A gauche, un bosquet complice. De quelques vigoureux coups de pédales, la patriote réduisit la distance qui le séparait de l’Allemand. Celui-ci se retourna mais ne parut pas s’inquiéter.

L … sortit son révolver, rejoignit son ennemi et, en le dépassant, se retourna et lui tira quelques balles en visant la tête et le cœur. L’Allemand leva un bras dans un geste de protection et de son pied gauche, essaya d’atteindre son assaillant. L … faillit tomber et il dut reporter son regard en avant pour maintenir son équilibre.

Un bruit mat dans un bref cliquetis lui apprit la chute du cycliste. Le partisan mit pied à terre, se retourna et vit le soldat couché sur le dos et en train d’armer sa carabine.

Trop tard pour bondir sur lui. Notre ami essaya de prévenir le coup en tirant de nouveau quelques balles. Ce fut sans effet. Par contre, une balle de « Mauser » lui frôla la tête, puis une seconde, une troisième ! Le boche était bon tireur, les rôles se trouvaient inversés.

L … s’élança, pénétra dans le bosquet. L’instant suivant, le boche arrosait le taillis de rafales de mitraillette. Mais L … était revenu en arrière, sous bois. Quand il regagna la route, il vit l’Allemand monter sur son propre vélo qui, heureusement, portait une fausse plaque.

Le franc-tireur se précipita vers l’endroit de la lutte. Le fusil de son adversaire gisait près du vélo abandonné et deux cartouches éjectées par une manœuvre trop brusque avaient roulé sur la route. Le partisan mit un genou à terre et, posément, visa l’ennemi et lui envoya ses propres projectiles.

Il faut croire que les balles se perdirent dans l’espace car une déclinaison de la route cacha bientôt le cycliste aux yeux du patriote qui n’en revenait pas.

Ainsi, il avait tiré sur son adversaire, cinq ou six coups dont deux certainement avaient porté et il se retrouvait seul sur la route avec, en mains, une carabine « Mauser » et comme moyen de locomotion, un vélo dont il n’avait pas entrevu l’échange. Mais la mitraillette lui échappait.

L … s’enfonça sous bois et en ressortait du côté opposé. Il s’en alla mettre son butin en lieu sûr et se munir d’une bicyclette moins remarquable. Le lendemain, il apprit que l’Allemand s’était écroulé, mort, à quelques enjambées de son poste après une course de six cents mètres environ.

Le groupe que Van Brussel avait visité la veille s’était livré à de fructueuses opérations. Ne citons que le démontage de la ligne téléphonique installée par les Allemands entre Haecht et Melsbroeck. Le câble caoutchouté d’une longueur de douze kilomètres avait été coupé, roulé sommairement et le tout jeté au canal.

Et cela au moment où les boches avaient le plus besoin de tous leurs hommes, de tous leurs moyens de communication et aussi de toute leur quiétude.

Le 7 juin, Jean Van Brussel se vit attribuer le grade d’adjoint au Commandant national car on avait reconnu en lui un élément de haute valeur. Il assura en même temps le contrôle des opérations sur toute l’étendue du territoire.

Sa compétence dans les choix et le maniement des explosifs et des armes de toutes provenances lui avait valu cette mission.

Vint ensuite le Commandement suprême du Corps 004 et d’une compagnie de saboteurs autrichiens. C’est dire que le dévoué partisan ne se croisa point les bras dans l’attente de la libération.

Nous le retrouverons tout à l’heure dans l’enthousiasme de la victoire.

Prochain épisode : « Les femmes »

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