Se souvenir de Salvador Allende

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Il y a, ce jour, 45 années que nous entretenons la mémoire du drame chilien, que nous honorons la mémoire de cet homme d’exception, grand démocrate que fut le président Salvador Allende.

Pour m’exprimer aujourd’hui, je me suis référé à un texte écrit par un historien français Jacques Serieys pour reconstituer l’histoire qui a amené le push militaire à renverser l’Unité populaire au Chili.

Je cite l’introduction de cet historien : « Si les générations passées cachent leurs erreurs à leurs successeurs, elles condamnent ces jeunes à revivre les mêmes erreurs. Ce devoir de mémoire présente une importance particulière pour les grandes blessures des peuples, des milliers et millions d’individus broyés par l’inhumain, par l’impitoyable, par des rapports humains fondés seulement sur la force, l’exploitation, l’écrasement, les discriminations. « 

Transmetteurs de mémoire, nous devons rappeler le rôle infâme mené par la politique menée par les Etats-Unis.  Je me permets donc de résumer le long article rédigé par M. Serieys

En 1957-1958, le Chili (comme le reste de l’Amérique latine) connaît une poussée d’aspirations populaires progressistes. Salvador Allende est candidat à la présidence de la république. Les militaires tirent sur la foule à Santiago : 40 morts, des centaines de blessés. Les barons américains du cuivre inondent de dollars la campagne du candidat de droite qui sera élu. Le gouvernement chilien issu de l’élection favorisera les multinationales, les banques et les grands propriétaires fonciers.

Aux présidentielles de 1964, la droite et les USA « préparent » les élections en voulant casser le mouvement populaire de masse par l’intervention systématique et violente des carabiniers.

La Maison Blanche intervient avec succès pour que le « Front Démocratique » ne présente qu’un candidat face à Allende. Le président John Kennedy charge son frère Robert d’homogénéiser le soutien financier des multinationales en faveur de Frei.

Grâce à une pluie de millions de dollars, le candidat de droite bat Allende. En échange, comme promis, il laisse les multinationales américaines prendre le contrôle de quatre-vingts pour cent des grosses industries chiliennes.

Dans les années 1967-1973, Les partis et gouvernements sont obligés de prendre en compte l’état d’esprit de leur électorat, en particulier sa volonté d’indépendance vis à vis des USA.

La CIA multiplie immédiatement son activité au Chili afin de créer un climat d’instabilité politique pour que les forces armées se considèrent en droit de protéger « l’ordre », interviennent et annulent la tenue d’élections. La Confédération Unique des Travailleurs réagit aussitôt par une grève, la gauche mobilise, le coup d’Etat se termine dans la confusion.

En 1970, l’International Telephone and Telegraph Corporation possède 70% de la Chitelco (compagnie de téléphone chilienne). ITT garnit abondamment les caisses noires du parti républicain au pouvoir. Les USA disposent de nombreux moyens d’intervention en Amérique latine. Ils vont créer diverses formes de « partenariat » pour contribuer à créer des liens entre les intérêts américains et des responsables chiliens au travers de divers traités.

Dès le 27 juin 1970 le terroriste en chef américain Henry Kissinger (secrétaire d’Etat) déclare au sujet du Chili : « Je ne vois pas pourquoi nous resterions là sans bouger à contempler un pays sombrer dans le communisme, du fait de l’irresponsabilité de son peuple. »

Supposons qu’une telle déclaration ait émané d’URSS, de la Chine ou de la France de Mitterrand, une machinerie médiatique mondiale se serait mise en branle. Là, rien

Le programme de l’Unité Populaire répond pourtant à des besoins réels dans ce pays où 30% des familles vivent avec moins de 12 escudos (valeur de 350 grammes de pain) par jour, où 43% de la population souffre de sous-alimentation, où les inégalités sociales sont énormes.

Pour répondre aux préoccupations populaires, une alliance de six partis crée l’Unité Populaire. Je cite les partis socialiste, communiste, l’Action populaire, le MAPU, le Parti radical et le Parti Social-démocrate. Cette union contribue fortement à l’enthousiasme du peuple de gauche et à l’espoir de victoire.

Le 4 septembre 1970 : Allende arrive en tête des présidentielles. Aussitôt, l’ambassadeur américain Edward Kerry multiplie les pressions directes « afin d’annuler les élections et empêcher la prise de pouvoir d’Allende » Les services américains s’affolent. L’élection d’Allende est grave pour les intérêts nord-américains au Chili… mais aussi cela pourrait perturber l’Organisation des Etats Américains. En réaction, les moyens mis en œuvre par les USA sont impressionnants :

* actes de terrorisme de l’extrême droite pour provoquer une réaction de l’extrême gauche et ainsi créer un climat d’instabilité permettant de justifier une intervention militaire.

* démarches auprès de nombreux officiers pour organiser un putsch militaire.

* opérations financières et économiques pour désorganiser le système monétaire, le système de production et de distribution ».

* « climat d’insécurité… attentats et menaces contre des dirigeants de gauche »

La pression augmente lorsque Le 2 novembre 1970 débarquent des troupes « pour combattre l’offensive d’été communiste ». Ces troupes fraîches portent les effectifs militaires au Chili à 146872 hommes » Le leitmotiv est de combattre l’influence communiste dans l’arrière-cour des Etats-Unis.

Pourtant le Parti Communiste chilien démontre son orientation « pacifique » et « unitaire de gauche » en étant l’initiateur de la candidature unique d’Allende et en le soutenant dès le premier tour. Les propos du Comité central du parti Communiste Chilien sont clairs « Ni exclusive, ni esprit de revanche. La lutte ne se situe pas entre ceux qui ont voté Allende et ceux qui ont voté pour d’autres candidats. Elle ne se situe pas entre les partisans du socialisme et ceux qui ne partagent pas leurs opinions. Elle se situe entre, d’une part les hommes et les femmes qui respectent le suffrage universel et, d’autre part, ceux qui envisagent de passer outre, de nier au Chili le droit à l’autodétermination. »

Pour terminer mon intervention de ce jour, je tiens à rappeler brièvement les interventions américaines visant à déstabiliser le gouvernement d’Allende et préparer le coup d’Etat fasciste de 1973 :

* déstabilisation économique : crédits coupés (de 300 millions à 30 millions de dollars), arrêt de livraison des pièces détachées pour une économie jusqu’alors très liée aux Etats Unis (machines-outils de l’industrie en particulier) …

* déstabilisation politique : la CIA reçoit sept millions de dollars pour soutenir l’opposition à Allende (tant aux démocrates-chrétiens, qu’aux conservateurs…), aux journaux opposés à Allende…

L’auteur de l’article que je viens de survoler, Jacques Serieys conclut :

Je ne voudrais pas terminer mon article en rappelant l’immense espoir qui naissait alors au Chili, dans le cœur d’ouvriers comme de paysans, de jeunes lycéens et étudiants comme d’Indiens Mapuches sans âge…

Je ne voudrais pas terminer cet article sans dire à quel point, nous jeunes des années 68, étions suspendus à ce qui se passait au Chili, entonnant les chansons de l’Unité Populaire et scandant ses slogans : El pueblo unido, jamas sera vencido.

Je ne voudrais pas terminer cet article sans redire que nous ne pardonnerons jamais au capitalisme américain d’avoir trempé ses sales mains dans l’assassinat de milliers de nos amis.

En ce qui me concerne personnellement, étant ancien mais toujours militant de la cause chilienne et nous sommes peu nombreux encore vivants en ce jour, cher Michel Meurée, je vais conclure mon intervention de ce jour en évoquant les événements qui se déroulent aujourd’hui en Amériques centrale et latine, tant au Nicaragua, au Honduras, qu’au Venezuela ou au Brésil. On trouve d’ailleurs dans le processus chilien fomenté par la CIA en 1969-1973 des ingrédients identiques à ceux sont utilisés depuis les années 2000 contre Chavez, Morales, Lula, Correa. C’est en particulier le cas pour les liens entre services secrets américains, patrons de presse et pressions économiques.

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