Retrouver le chemin d’un syndicalisme offensif (suite 1)…

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Ingrédient n°1 : Sortir du carcan de la compétitivité et des dogmes du marché et de l’Union européenne

La bataille des idées, ça se gagne sur le terrain, par des syndicalistes et leurs organisations qui sortent, avec leurs idées et leurs actions, du cadre étroit des lois du marché et de la pensée unique et qui avancent des revendications offensives. Si le monde patronal a remporté une victoire ces dernières décennies, c’est bien sur le plan idéologique. Il a réussi à mettre une partie du mouvement social sous la tutelle de ses dogmes. Combien de fois n’a-t-on pas entendu : « Oui, c’est vrai que le coût du travail est un problème, il faut y faire quelque chose » ?

De tout temps, le monde patronal – dont les thèses sont reprises en chœur par une large couche du monde politique – a qualifié les propositions du mouvement ouvrier d’irresponsables, d’intenables économiquement. Et heureusement que le monde du travail et le mouvement social en général n’ont pas suivi le réalisme patronal et gouvernemental. Ils ont critiqué ce réalisme, qui est en fait irréaliste pour l’immense majorité de la société car il signifie inégalités, régression sociale et économique. C’est au contraire dans les conditions d’égalité croissante que nos sociétés se sont le mieux portées économiquement et socialement. À l’inverse, ce sont les politiques génératrices d’inégalités qui ont abouti au déclin social et économique. Cela devient tellement flagrant aujourd’hui que des institutions comme le FMI ou l’OCDE sont obligées de reconnaître que les politiques de ces dernières années, qui ont surtout profité aux plus riches, sont nocives pour la croissance économique. L’«effet de ruissellement », qui prétend que ce qui est bon pour les riches devrait avoir des effets positifs pour tous, ne se produit pas. C’est le contraire qui se passe.

Dans le même sens, les politiques de libéralisation et de privatisation de services publics nous conduisent vers des services chers, souvent dangereux (voir les nombreux accidents de train en Angleterre, par exemple), de mauvaise qualité et avec de mauvaises conditions de travail (il suffit de voir comment celles des postiers se sont dégradées).

Il n’y a pas eu de mouvement de conquêtes sociales qui puisse aboutir dans le cadre imposé par les dogmes libéraux. Dès l’avènement du capitalisme, de nombreux militants et théoriciens du mouvement ouvrier – on fête en 2018 le 200e anniversaire de la naissance de Karl Marx – ont fait une critique sans concession du capitalisme et de l’économie de marché. Ils ont démontré combien notre système capitaliste est générateur de crise, d’exploitation et d’inégalités. Ils ont dénoncé notre système qui épuise l’homme et la nature. Ils ont souligné que l’acceptation de la logique capitaliste est suicidaire pour le mouvement social.

C’est cette critique sans concession du capitalisme que le mouvement syndical doit retrouver. Et oser affirmer que le salut pour la grande majorité se trouvera en dehors de la société du tout au profit et du tout au marché. Il se trouvera en dehors des dogmes de la compétitivité.

Cela vaut non seulement pour notre approche de la société, mais aussi pour les conflits locaux. Parfois, certains syndicalistes partagent cette critique générale, mais sont convaincus par le discours de compétitivité assené par leur patron à coup de PowerPoint, de graphiques et d’explications « rationnelles ». Pourtant, même au niveau local ou micro, une restructuration compétitive ne peut sauver durablement une entreprise.

Paul Lootens
A suivre

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